Élysée. La filière finistérienne
Il n'y a pas de ministre breton au gouvernement. À l'Élysée, en revanche, les trois plus proches collaborateurs du Président ont le Finistère en commun.
En cet été où l'info a surtout rimé avec JO et météo, les nouvelles politiques ont été rares. Au beau milieu de cette parenthèse estivale, il y eut tout de même une nomination surprise : celle de Christian Frémont au poste de directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy.
L'arrivée de l'ex-préfet du Finistère à ce poste stratégique donne une singulière coloration finistérienne aux sphères de l'Élysée, contrastant avec l'absence de ministre breton dans le gouvernement Fillon.
Frémont : respect !
« Un grand serviteur de l'État ». Tous ceux qui ont eu l'occasion d'approcher Christian Frémont connaissent les qualités de ce fils d'agriculteur périgourdin qui a su s'attirer les éloges des deux bords de la politique française. Il arrivait, du reste, du cabinet du ministre socialiste Paul Quilès lorsqu'il prit son poste de préfet du Finistère, en 1992.
Son passage a marqué la vie du département non seulement par la durée (plus de quatre ans) mais surtout par l'activité qu'il a déployée à une époque où, il est vrai, les dossiers s'accumulaient. Du début des douloureuses restructurations de la Défense aux grandes crises agricoles ou de la pêche, le Finistère vivait une période charnière dans laquelle Christian Frémont s'est résolument engagé. Avec une constante : la défense des intérêts du département en actionnant les leviers de l'État pour amortir ces chocs successifs, ce qui lui valut un beau capital de sympathie et de respect.
Les postes prestigieux qu'il a ensuite occupés (préfet de Région à Bordeaux puis Marseille) ont constitué ce que l'on pensait être un couronnement de carrière. Et voilà qu'à 66 ans, il se retrouve au coeur du pouvoir. Les temps changent. À 60 ans, l'astronaute finistérien Jean-Loup Chrétien avait, lui, été mis d'office à la retraite par son corps d'origine, le CNES...
Guéant : l'éminence
Christian Frémont oeuvre désormais au côté d'un autre ex-Finistérien, Claude Guéant, secrétaire général de l'Élysée dont l'influence est telle qu'on le désigne parfois comme l'homme le plus puissant de France, après Nicolas Sarkozy bien entendu. Lui aussi est passé par la préfecture du Finistère, au tout début de sa carrière.
À Quimper, il fut directeur de cabinet du préfet de 1971 à 1974, avant de devenir, plus tard, préfet de la région Bretagne. C'est lui qui, dit-on, a incité Nicolas Sarkozy à proposer au socialiste Jean-Yves Le Drian, président de la région Bretagne, d'entrer au gouvernement.
On connaît la réponse mais, de toute évidence, Le Drian en fut flatté, au point de proposer à Nicolas Sarkozy de tenir un conseil des ministres décentralisé en Bretagne. Cet exercice est, depuis, passé de mode.
Goubet : le jeune qui monte
Auprès de Guéant et Frémont, le trio d'ex-Finistériens est complété par Cédric Goubet, 37 ans, chef de cabinet de Nicolas Sarkozy. C'est lui qui a en charge toute l'organisation de l'emploi du temps du Président. Nommé préfet hors cadre en 2007, Cédric Goubet avait été auparavant directeur de cabinet du préfet Thierry Klinger, à Quimper, de 2000 à 2002. Il y a laissé le souvenir d'un esprit brillant, voire un tantinet espiègle, comme en témoigne son invitation au turbulent sculpteur quimpérois Marc Morvant à exposer une de ses oeuvres à l'Élysée, un épisode devenu croquignolesque par la suite.
Si on ajoute, à ce trio, la Finistérienne Bernadette Malgorn, ex-bras droit de Sarkozy au ministère de l'Intérieur et toujours proche de lui, on constate que l'absence de ministre breton au gouvernement est au moins compensée par la présence à l'Élysée de connaisseurs des dossiers bretons. Et comme c'est là que se situe aujourd'hui la réalité du pouvoir