Éducation nationale. Véronique Thomas ne lui dit pas merci
Véronique Thomas a le sentiment d'avoir été « roulée dans la farine » par l'Éducation nationale. Elle attendait beaucoup de son « contrat d'avenir ». À tort.
En septembre 2006, Véronique a 51 ans. Mère de trois enfants qu'elle a élevés seule, elle navigue de petits boulots en périodes de chômage. Sans diplôme, elle est contactée par l'ANPE, en tant que bénéficiaire d'une Allocation de solidarité spécifique, pour signer un « contrat d'avenir », un dispositif du Plan Borloo devant « permettre le retour à un emploi stable ».
La carotte
de la formation...
À l'époque, 40.000 de ces contrats sont signés, certains dans l'Éducation nationale. Comme 220 personnes dans le Finistère (*), Véronique est embauchée comme « assistante administrative » dans une école brestoise, en Zone d'éducation prioritaire (ZEP). L'Éducation nationale avait créé ces postes temporaires d'un an - potentiellement reconductibles deux ans - pour calmer les directeurs d'écoles. Depuis des années, ils se déclaraient en « grève administrative » à la rentrée pour protester contre un surcroît de travail, sans surcroît de moyens. « Ce contrat m'intéressait : il comportait une promesse de formation en bonne et due forme. J'ai été convoquée à un entretien à l'inspection d'académie. On m'a interrogée sur mes attentes. Par la suite, on n'en a jamais tenu compte... ».
Promesses non tenues
Véronique démarre son « contrat d'avenir » le 25 septembre 2006, contrat renouvelé en 2007 jusqu'à ce mois de juillet 2008. Elle accomplit diverses tâches administratives, ouvre le courrier, tape des lettres, répond aux mails... « J'ai eu la chance de travailler dans une équipe sympa et d'être bien intégrée à la vie de l'école et du quartier », souligne-t-elle. Mais elle s'aperçoit vite que tout ne tourne pas rond en étant payée 26 heures pour 32,5 heures de travail effectif. De plus, conformément à une promesse de départ, Véronique, comme ses 219 « collègues », devait pouvoir cumuler durant ses quatre premiers mois, son salaire de 784 € avec ses 400 € d'Assedic. « La loi avait dû changer : nos indemnités Assedic ne nous ont pas été versées. Et quand elles l'ont été, "par erreur", il nous a fallu les rembourser... Et, contrairement à moi, certains n'ont jamais perçu la prime "retour à l'emploi" de 1.000 € dont on nous avait parlé... Pour couronner le tout, ce mois-ci, fin de contrat, notre salaire a été versé avec six jours de retard. À l'Inspection, on nous a dit que nous n'avions pas à nous plaindre, car "certains employés de l'Éducation nationale n'ont leur salaire qu'après trois mois de travail". Et tant pis pour les agios... ».
Bref, aujourd'hui, retour à la case chômage, sans la formation promise et avec au fond du coeur l'impression d'avoir perdu deux ans et d'avoir franchement été « roulée dans la farine ».
* Afin d'aller vite, les 220 personnes avaient été « embauchées » par un seul établissement, le lycée Yves-Thépot, à Quimper.