Dotation de solidarité urbaine. Dix villes inquiètes
Dix villes bretonnes pourraient perdre beaucoup d'argent avec la réforme de la dotation de solidarité urbaine. Les maires concernés sont très inquiets.
« C'est d'une gravité extraordinaire ». Loïc Le Meur, le maire PS de Ploemeur (56), n'y va pas par quatre chemins. Comme la plupart des élus concernés par le projet de réforme de la dotation de solidarité urbaine (DSU), il ne cache pas sa très grande colère.
Actuellement, les trois quarts des communes de plus de 10.000 habitants bénéficient de la DSU. Si le projet du gouvernement est retenu dans la loi de finances 2009, elles ne devraient plus être que la moitié à la percevoir.
En Bretagne, dix villes seraient privées de cette ressource qui n'a rien de symbolique : Vannes et Ploemeur, dans le Morbihan, Lannion et Loudéac, dans les Côtes-d'Armor, Concarneau, Douarnenez, Le Relecq-Kerhuon et Quimper, dans le Finistère, Redon et Saint-Malo, en Ille-et-Vilaine.
Entre 200.000 et 1 M€
de manque à gagner
L'inquiétude des élus de ces villes est à la hauteur du manque à gagner. Quimper perdrait pas moins d'un million d'euros. Pour Concarneau et Douarnenez, la perte se situerait autour de 200.000 €. Lannion serait privée de 300.000 € et Ploemeur, de 400.000 €. Des sommes très importantes. Pour Ploemeur, cette amputation de recette représente cinq points de fiscalité. Pour Quimper, ce serait trois points.
« Inacceptable. C'est un nouveau désengagement de l'État », dit le maire de Ploemeur. La réaction du maire de Lannion, Christian Marquet, est du même ton. « Complètement anormal », lâche-t-il. Pourquoi ces villes ? Tout simplement parce que ne devrait plus être prise en compte dans le calcul de cette dotation la proportion de logements sociaux. « Paradoxalement, ce sont les villes qui ont fait des efforts pour construire des logements sociaux qui sont pénalisées », s'indigne le maire de Lannion.
Pour défendre cette réforme, le gouvernement fait valoir qu'il s'agit d'éviter le saupoudrage et de concentrer les aides sur les villes qui en auraient le plus besoin.
« Prendre aux pauvres... »
Un argument que rejette Loïc Le Meur : « La politique de la ville doit pouvoir bénéficier de ses propres crédits, or, le gouvernement propose de mettre à contribution la DSU au profit de cette politique et ce, donc, au détriment de la péréquation générale ». Ce qu'un certain nombre d'élus résument par la formule suivante : « On prend aux pauvres pour donner aux plus pauvres ».
Si elle était confirmée, cette réforme contraindrait les villes concernées à se serrer un peu plus la ceinture. « Dans la période de crise sociale où nous entrons, ça tombe vraiment mal », observe Loïc Le Meur.
Hier soir, une délégation d'élus locaux a été reçue par Michèle Alliot-Marie. Ils ont notamment demandé à la ministre « une réflexion sur une véritable péréquation ainsi qu'un moratoire sur toute modification des règles du jeu ».