Concerto. Le défi d'un scientifique
A 63 ans, Pierre Mafart verra pour la première fois une de ses oeuvres interprétée en public, en la cathédrale de Quimper, vendredi. Pour ce scientifique, professeur à l'Université de Bretagne occidentale, musique et sciences font bon ménage.
Des nombres aux notes, il n'y a qu'un pas, franchi allègrement depuis des siècles par une foule de philosophes, de musiciens, de mathématiciens. À Concarneau (29), Pierre Mafart est un peu l'héritier de cette tradition. Vendredi, à Quimper, le coeur de ce professeur de l'UBO battra un peu plus fort quand l'orchestre universitaire de Brest entamera les premières mesures de son Concerto pour cordes et orgue. Une oeuvre créée pour la première fois en public. Et qui sait ? Peut-être les prémices d'une nouvelle carrière, à quelques mois de sa retraite.
Un nouveau parcours, mais aussi une certaine continuité. Car pour Pierre Mafart, qui enseigne, à Quimper, le génie industriel alimentaire, sciences et musique relèvent de la même logique. « Ma passion, c'est le génie des procédés, explique-t-il. Et les liens avec la musique sont nombreux. La composition, c'est comme les sciences. C'est une lente construction. Ça se structure de la même manière. Et je prends le même plaisir à composer qu'à faire des maths... ».
Deux plaisirs qui cohabitent en lui depuis des années. « J'ai commencé le piano quand j'étais tout jeune, se souvient-il. J'étais déjà assez doué pour l'impro, et les gammes, ça ne m'intéressait pas trop ».
Du piano, Pierre Mafart va passer à l'orgue. « Tout gamin, mes parents m'amenaient à l'église. C'était magique. On ne savait pas d'où venait la musique ». Et au fil de l'expérience, l'homme a pris de l'assurance. Au point d'accompagner, aujourd'hui, les messes à l'orgue, à Concarneau. « Et puis j'en ai eu marre de bricoler, dit-il. Alors j'ai repris des cours, avec Olivier Struillou, l'organiste de la cathédrale Saint-Corentin, à Quimper ».
Mais jouer n'est pas composer. Et cette passion de la création, il la cultive depuis l'enfance. « Pourtant, ça ne fait pas longtemps que je me rends compte que mes compositions ne sont pas ridicules », s'amuse-t-il. Au point d'avoir édité quelques pièces à compte d'auteur, avant de décrocher un contrat avec un éditeur de la région parisienne. Une maison avec un catalogue dans lequel le scientifique ne côtoie que des musiciens professionnels.
« J'écris des choses
bien trop difficiles pour moi »
Des pièces pour orgue, des quatuors pour flûtes et pour violoncelles... Les oeuvres sont écrites. Restaient à les faire jouer. « Ce qui n'est pas facile », reconnaît Pierre Mafart. Là, le réseau universitaire a fonctionné, l'orchestre de l'UBO se lançant dans l'aventure, aux côtés d'Olivier Struillou. « Au début, l'orchestre a galéré un peu. Ce concerto, plutôt contemporain, n'est pas techniquement difficile, note le compositeur. Mais il n'est pas non plus très simple. D'ailleurs, souvent, j'écris des choses bien trop difficiles pour moi... ».
Bien sûr, vendredi, Pierre Mafart sera là, dans le public, sous les voûtes de la cathédrale, pour un premier quart d'heure de gloire. Une nouvelle étape dans son parcours musical. En attendant que d'autres projets voient le jour. « Mon souhait serait notamment de pouvoir faire jouer un opéra pour les enfants, que j'ai écrit il y a quelques années, confie-t-il. Pourquoi pas par l'école de musique de Quimper ». Et la retraite qui se profile lui laisse entrevoir un bel avenir. Avec la ferme intention de s'investir au maximum dans la musique. Que ce soit devant son orgue, ou face à une feuille blanche.
Concert de l'orchestre universitaire de Brest. Vendredi, à 21 h, en la cathédrale de Quimper. Entrée : 6 €, gratuit pour les moins de 12 ans.