Comédie. D'Huelgoat à Hollywood
À 44 ans, Jean-Yves Thual, « comédien d'un mètre 30 » comme il se définit, vient de faire ses débuts à Hollywood. Dans « Fred Claus » (Frère Noël, sorti mercredi sur les écrans français), il interprète le contrôleur aérien du Père Noël. Pas le rôle de sa vie, mais une belle expérience après vingt ans de carrière durant lesquels il a dû batailler pour faire sa place.
« On m'a appelé pour un casting : une production américaine cherchait cinquante personnes de petite taille pour sa comédie de Noël. Je me suis retrouvé sur le tournage à Londres, au milieu d'une armée de nains russes. Pour la première fois de ma vie, je me suis senti grand ! ».
Pendant un mois et demi l'année dernière, Jean-Yves Thual, seul comédien français de l'aventure, a ainsi découvert les plateaux américains, croisé Kevin Spacey ou Vincent Vaughn, dans un mélange de luxe et d'anonymat.
« L'alibi Mimie Mathy »
Pas le couronnement d'une carrière, loin de là. Juste une poignée de minutes à l'écran, quelques lignes de texte dans une comédie grand public de fin d'année. Mais peut-être le début d'une seconde vie au cinéma.
Ces dernières années sont loin d'avoir été fastes pour le comédien originaire d'Huelgoat, en Centre-Finistère. « Je ne suis plus intermittent depuis 2000. Depuis quelque temps, je ne voyais rien venir », avoue-t-il avec un brin d'amertume.
Sa carrière, il l'a forgée seul, contre les a priori et la condescendance du « milieu ». « Combien de fois j'ai entendu : "Un nain au cinéma, non, quand même !" ». Les gens disent qu'il y a déjà Mimie Mathy. C'est leur alibi, alors qu'elle ne fait pas de cinéma. Aujourd'hui, on numérise même les acteurs pour jouer des rôles de nains, comme dans "Le seigneur des anneaux !" ».
Sa vocation remonte à ses six ans, affirme-t-il. « Le jour où j'ai vu une scène de baiser dans une série à la télé. Je me suis dit, c'est ça que je veux faire ». Mais c'est au théâtre qu'il débute, à l'Espace 44 de Nantes, à la fin des années 80, grâce à Jean-Luc Tardieu. Il le met en garde : « Si tu veux vraiment faire ce métier, il faut que tu saches qu'on n'y rentre pas par la grande porte ». L'aspirant comédien répond simplement : « Vu ma taille, je n'aurai pas de mal à passer par la petite ».
Performances
S'ensuit une carrière faite de figurations, de petits rôles, de succès critiques... et de désillusions. Sur le CV, pourtant, quelques faits d'armes remarquables. En 1988, toujours au théâtre, il tient le premier rôle dans l'adaptation de « Freaks », de Tod Browning, au milieu d'une troupe de handicapés, mêlant acteurs, circassiens, et anonymes trouvés dans la rue. La pièce fait scandale, mais est un triomphe, avec une tournée européenne à la clé.
Dix ans plus tard, nouveau coup d'éclat avec « Le nain rouge », du Belge Yvan Lemoine. Le film est présenté dans plus de soixante-dix festivals aux quatre coins du monde. Le p'tit gars d'Huelgoat obtient plusieurs prix d'interprétation mais pas les propositions qui devaient suivre. Côté succès populaire, on note le rôle de Mathusalix, dans le premier Astérix de Zidi. Mais jamais le grand rôle romantique dont il rêvait à six ans.
Rêve américain
Alors, Jean-Yves prend désormais ce qui vient sans trop s'en faire. « J'ai eu mon bac de comédien, je ne m'en fais plus. Plutôt que déprimer, je me suis mis à dessiner ». Il a reçu un prix à Angoulême dans un concours sur trois planches, a vendu quelques dessins à Paris, où il vit la moitié de l'année. Et écrit aussi des chansons, qu'une de ses amies pourrait enregistrer prochainement.
Le rêve de lumière n'a pourtant pas disparu. « Sur " Fred Claus", j'ai rencontré Jesse Nelson, qui produisait. Elle a réalisé de beaux films comme " Sam, I am Sam ". On a beaucoup parlé, elle a aimé ce que j'ai fait. Alors je vais peut-être aller tenter ma chance aux États-Unis, au culot. Je rêve d'un film qu'elle réaliserait, avec Forrest Whitaker, Jodie Foster et moi. Pas mal, le casting, non ? ».