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Climat. Les poissons migrent au nord
Pour résister au réchauffement des océans, le plancton et les poissons migrent vers le Nord ou s'enfoncent dans les profondeurs. Les poissons tropicaux et méditerranéens vont-ils s'installer sur les côtes bretonnes ? Balistes et sars font désormais partie du paysage local. Il y a cinq ans, ils étaient rares dans nos contrées. Il y a dix ans déjà, Jean-Claude Quero, d'Ifremer, avait mis en évidence une remontée d'une douzaine d'espèces de poissons tropicaux vers nos latitudes. Phénomène que le chercheur mettait en relation avec un réchauffement d'environ 2°C des eaux atlantiques au niveau de l'Espagne et une hausse des températures moyennes de 1,4 °C dans le golfe de Gascogne. Samuel Iglesias, du laboratoire du Museum d'Histoire naturelle de Concarneau (29), reste prudent : « Il est difficile de faire la part des choses entre les faits ponctuels, la surpêche et les conséquences du réchauffement. On voit des espèces qui apparaissent dans un secteur et qu'on ne revoit plus l'année suivante ». Travaillant sur le recensement de tous les poissons de l'Atlantique européen, de la Méditerranée et de l'Afrique de l'Ouest, le chercheur a relevé des cas étonnants parmi les 260 espèces repérées (sur 1.500) : « Le cas de ce poisson volant (compère boune) capturé par un pêcheur à Concarneau durant la sécheresse de 2003 ou la première capture d'une calicagère blanche, en 2006, aux Glénan. Mais c'est insuffisant pour relier leur présence au réchauffement ».
La blennie, un bon indicateur
En revanche, selon Samuel Iglesias, la présence de blennies paon pourrait constituer un bon révélateur de modification du climat : « Inconnue en Bretagne jusqu'en 1986, cette espèce est devenue dominante au Poulduan près de Concarneau. C'est intéressant car c'est une espèce côtière qui progresse par petits bonds. C'est donc plus fiable que les gros migrateurs ». A suivre donc. Et si la tendance au réchauffement se confirme ? Les nouveaux venus prendront-ils la place des espèces locales, comme les poissons de la Mer Rouge qui ont envahi la Méditerranée orientale par le canal de Suez ? « La nature évolue en permanence et les poissons ont une capacité d'adaptation et de migration très rapide. Le problème, aujourd'hui, c'est que l'activité humaine fait accélérer le phénomène. Ce qui m'inquiéterait le plus, ce n'est pas la baisse des stocks ou le déplacement mais la disparition d'espèces car c'est irrémédiable ».
Plus assez d'oxygène ?
Cette hypothèse n'est pas écartée dans la Mer du Nord. Deux chercheurs allemands affirment que la survie des poissons dans cette zone « est menacée par le réchauffement climatique car il provoque une baisse de la quantité d'oxygène ». Ils ont démontré, en laboratoire, un taux de mortalité supérieur et un ralentissement de la croissance dès que l'eau dépasse les 17 ° C, la survie étant compromise au-dessus des 21 ° C. Inquiétant quand on sait que les prévisions évoquent une augmentation de 1, 5 ° C à 4° C de la température des eaux de surface dans ces parages d'ici à 2080. La hausse de 0,6 ° C constatée entre 1962 et 2001 a déjà entraîné une réaction des poissons. Une douzaine d'espèces, dont la morue, ont remonté de 50 à 400 km vers le Nord, selon les constats de biologistes britanniques, en 2005 (*). Ce qui conforte les travaux de Grégory Beaugrand (CNRS) affirmant « qu'il y a un lien entre le déplacement des poissons et la migration de certaines espèces de plancton vers les secteurs les plus froids ».
Les coraux sentinelles
Une fraîcheur que certains poissons, dont le carrelet, vont chercher dans les profondeurs ; là où la température restera, quoi qu'il arrive à 4 °C. Mais, là aussi, des menaces se font jour ; l'acidification des océans liée au CO2 pourrait attaquer les récifs de coraux qui se trouvent entre 500 et 1.000 m de profondeur au large de la Norvège. « On ne sait pas encore pourquoi mais ces coraux sont de grosses zones de reproduction de poissons. Peut-être parce qu'ils sont situés là où passent les courants les plus forts et donc les plus chargés en nutriments », s'interroge Norbert Franck, du CNRS. Quoi qu'il en soit, les experts s'inquiètent pour l'avenir de cette mer, jusqu'alors l'une des plus productives du monde, très riche en bons nutriments, mais surexploitée. L'avenir de la pêche est clairement posé dans le secteur. La tentation (ou l'obligation) serait alors d'aller pêcher dans les profondeurs. L'homme en a les moyens ; mais à quel coût ? A moins que, selon certaines prévisions, l'océan Arctique, débarrassé de sa calotte, l'été, dans dix-quinze ans, ne devienne une grande zone de pêche, mais aussi de trafic maritime et d'exploitation pétrolière... * Le Monde du 21 mai 2005. A suivre : Le cormoran touché par la faim ?



Les pêcheurs retrouvent de plus en plus dans leurs filets des espèces auparavant rares en Bretagne. . Photo Jean Le Borgne
Sources
Le Télégramme
19/08/2008
Rubrique: Infos régionales
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