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Climat. La révolution silencieuse de la nature
Discrètement, ils se déplacent, disparaissent ou deviennent envahissants. Insectes, fleurs et arbres sont d'excellents révélateurs des déséquilibres dus au réchauffement climatique. Ils ne font pas de bruit, mais ont beaucoup de choses à dire... Elle est beaucoup moins emblématique que l'ours blanc polaire, famélique et pathétique sur son bout de banquise en train de fondre. Mais la mouche sans ailes des Kerguelen est tout aussi révélatrice des menaces que fait peser le réchauffement climatique sur la diversité du milieu naturel.
Petit mais travailleur
Dans l'arctique, quand l'ours blanc perd son territoire de chasse, l'homme perd ses zones de pêche et ses maisons, bâties sur le permafrost, ce sol jusqu'alors gelé en permanence. La mouche sans ailes des Kerguelen, elle, est menacée par la mouche bleue. Ce passager clandestin arrivé par bateau, n'avait pas pu se développer. Mais l'augmentation moyenne de 0, 5 à 1,3 °C, selon les îles, depuis 1980, a favorisé son explosion. Résultat : sa rivale locale, qui n'a pas d'ailes - elle possède, à la place des muscles, des masses de graisse pour jeûner l'hiver -, arrive trop tard pour se nourrir de fientes, plumes et cadavres d'oiseaux. Si la mouche des Kerguelen disparaît, « cela ne changera pas la face du monde, mais un subtil équilibre est rompu. L'écosystème est perturbé. Les insectes sont petits, mais ont chacun leur rôle sur Terre : décomposition et recyclage des déchets, pollinisation... », explique Marc Lebouvier.
Laboratoire grandeur nature
L'ingénieur du CNRS travaille sur l'impact de l'activité humaine et du réchauffement climatique dans les îles subantarctiques, en lien avec Yves Frenot, directeur adjoint de l'Institut polaire de Brest. Ces « îles sentinelles » sont de véritables laboratoires grandeur nature. « L'intérêt est qu'elles sont très isolées, la présence humaine est récente (années 50) et faible, et elles ne comptent qu'une trentaine d'espèces locales. Surtout, la température moyenne n'est que de 4,6 °C, variant de 2 à 8 °C. Une augmentation de quelques dixièmes de degré peut suffire à perturber des espèces qui se sont développées pour résister au froid et à l'humidité. C'est un bon indicateur de ce à quoi on peut s'attendre sur Terre, à plus grande échelle ». Notamment à la disparition d'espèces végétales comme le chou des Kerguelen ou l'acacena, victimes de la baisse des précipitations l'été. « D'où des sols nus, avec tous les risques d'érosion que cela implique ou le développement d'espèces invasives, comme le pissenlit, ce qui est toujours dommageable pour la biodiversité ».
Les griffes de sorcière
Aux Baléares, c'est la « griffe de sorcière » (carpobrotus edulis) qui profite de la faiblesse de la naufraga balearica, à la suite de sécheresses répétées, pour envahir le terrain. « Profitant du réchauffement, elle se développe aussi en Corse, sur les pelouses littorales ; on la trouve même dans le Finistère », explique Stéphane Buord, du Conservatoire botanique de Brest. « Le problème est que la naufraga est réduite à une portion congrue de 1.500 m² à Majorque ». Son avenir semble donc compromis. À l'instar de ces 40 ormes siciliens, « des reliques de l'époque glaciaire, qui risquent d'être rayés de la carte dans leur ravine où ils se dessèchent » (*). Dans les deux cas, aucune possibilité d'aller plus loin ou plus haut, seule chance de survie face au réchauffement. De fait, le mouvement est lancé. Selon Stéphane Buord (Étude CNRS agro-paris-tech), depuis 1985, les végétaux progressent en moyenne de 29 m en altitude tous les dix ans. En 20 ans, les plantes ont monté de 85 m vers le Nord et les arbres de 20 m.
Le chêne déserte la France ?
À ce rythme, selon certaines simulations, le chêne sessile aurait quasiment quitté la France en 2080, au bénéfice des pays scandinaves. « On imagine la catastrophe économique, mais aussi écologique qui modifierait toute la végétation et les insectes inféodés à ces forêts », souligne Paul Leadley, de l'université Paris Sud-XI. D'où la nécessité d'anticiper en plantant d'autres espèces mieux adaptées, comme les hêtres du sud, par exemple. À moins que la nature ne réagisse d'elle-même ? Comme ces frênes hybrides, issus de l'espèce commune et du hêtre du sud ? « On a, peut-être, sous-estimé la souplesse et la capacité des espèces à accélérer leur évolution sous l'effet du stress. Mais dans l'histoire de la Terre, il n'y a jamais eu de bouleversements aussi rapides. D'autant plus inquiétants que l'Homme en est grandement responsable ». Cet homme aura-t-il la volonté et le pouvoir de modifier les donnes ? Le point de non-retour est-il atteint ? À suivre dans notre dernier volet. À suivre : Le point de non-retour ? * Sur 16.000 plantes à fleurs européennes, 763 seraient au bord de l'extinction dont 73 à cause du changement climatique.



Prisé des jardiniers qui y voient une jolie plante d'ornement, le carpobrotus edulis, mieux connu sous le nom de « griffe de sorcière », est une espèce invasive venue d'Afrique du Sud qui se développe rapidement au détriment des espèces locales. . Photo Mickael Mady/Conservatoire botanique
Sources
Le Télégramme
21/08/2008
Rubrique: Infos régionales
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