Cinéma. Marion entre dans la danse
Fan de pourlet et de plinn, elle n'a toujours juré que par le cercle celtique de Sizun. Mais la justesse de ses pas vient de conduire la jeune et jolie Marion Wyckaert bien au-delà des scènes locales. La lycéenne de 19 ans sera à l'affiche du prochain film du Breton Christophe Honoré. Au côté, notamment, de Chiara Mastroianni...
La voilà, la comédienne en herbe. Celle qui poursuit, durant la semaine, ses études en terminale sciences et médico-sociales à Brest. La même que l'on retrouve, tous les vendredis soir, prête à brûler les planches de la salle polyvalente de Sizun, où elle ne raterait pour rien au monde les répétitions du cercle celtique.
Grande, fine, quelque peu timide, Marion Wyckaert a « accroché » avec la danse du cercle des « Lapoused Ar Menez », le jour où sa famille, composée de quatre frères aînés et originaire du Nord-Pas-de-Calais, a posé ses bagages dans le bourg de Sizun. C'était en 1995. Elle n'avait, elle, que 6 ans. Depuis, la jeune fille éprise d'espace enchaîne gavotte, fisel ou autre pach pi dès que ses loisirs le lui permettent. Et concourt chaque été, avec les autres danseurs du groupe, au titre de meilleur cercle régional à Plougastel-Daoulas.
Sept minutes et une seule phrase
De là à s'imaginer que son amour de la danse et son « chauvinisme forcené » pour sa terre d'adoption la conduiraient devant un écran de cinéma... Les yeux bleus d'azur dans le vague, la lycéenne, tout juste sortie des cours, raconte comment, il y a quelques jours seulement, elle était encore « Katell Gollet », sur le tournage de « Non, ma fille... », le prochain film de Christophe Honoré.
Un petit rôle consistant à danser et à dire « une seule phrase ! ». Mais la scène de sept minutes, mise en boîte les 29, 30 septembre et 1 er octobre derniers avec 250 autres figurants bretons au mont Saint-Michel-de-Brasparts, sera un instant clé du long-métrage, dont le tournage se termine actuellement entre Paris, la Bretagne et l'Italie.
Choisie parmi 200 danseuses
« Je crois franchement que je n'ai pas encore réalisé ce qui vient de m'arriver ! », éclate de rire Marion-Katell. Cinéphile, elle l'était, « mais pas assez pour connaître des gens comme Chiara Mastroianni, Fred Ulysse ou Louis Garrel ». Le jeune écrivain et metteur en scène Christophe Honoré ? (« Les chansons d'amour », « Dans Paris » et « La belle personne », actuellement en salle) : « Je n'en avais jamais entendu parler avant ! », souffle la demoiselle.
Car il y a un « avant » et un « après » 23 septembre, ce jour où le cinéaste a « casté » Marion pour devenir « sa » Katell. Il ne restait que trois candidates en lice, après une première sélection effectuée auprès d'une quinzaine de cercles celtiques et de presque 200 danseuses du secteur. La Sizunienne a tourné, bougé, soigné ses attitudes, avant de faire connaissance avec Chiara Mastroianni. Une semaine plus tard, elle incarnait cette « Catherine la perdue », légendaire en Bretagne depuis le XIX e siècle, dont l'histoire tragique constitue une échappée onirique dans le film.
Un rôle-titre, en quelque sorte, qui vaudra, c'est sûr, le nom de Marion Wyckaert au générique lorsque le film sortira. La jeune fille en rougit à peine. Pense, dit-elle, d'abord à ses études. Et puis concède être surtout heureuse « pour Sizun », et « pour le cercle ». Le regard franc, cette fois, sans fausse pudeur. « Quand je mets mon costume, je ne suis plus Marion mais une danseuse de Sizun. C'est elle, et non moi, que l'on verra au cinéma ».