Carrières. Les étonnants refuges des oiseaux rares
Au milieu du vacarme des carrières, certaines espèces animales menacées ont trouvé un refuge inespéré. Et les carriers les ont pris sous leur aile.
Vrombissement des machines, dégagements de poussière, tirs de mines, va-et-vient d'engins et de camions, vacarme des roches broyées... Les carrières ne sont pas des lieux riants. C'est pourtant là qu'ont trouvé refuge nombre d'espèces rares et menacées, comme le majestueux grand corbeau, le discret crapaud calamite ou la petite fougère pilulaire.
Cette richesse naturelle, étonnante dans un environnement apparemment hostile, a donné lieu, près de Rennes, aux premières rencontres « Carrières et biodiversité », organisées par l'Unicem (*). Les élus, comme les associations de protection de l'environnement, n'ont pas caché leur intérêt pour la démarche des entreprises qui se sont engagées dans une démarche de préservation des hôtes de leurs carrières.
Questions à Dominique Billon, président de l'Unicem Bretagne.
Quelles espèces rares les carrières abritent-elles ?
Elles sont nombreuses. Sur les 400 espèces animales recensées, 62 sont rares ou en régression. Il s'agit principalement d'amphibiens, de libellules et d'oiseaux. Le plus emblématique est le grand corbeau, qui avait quasiment disparu de France à l'exception des Vosges et de l'ouest des Pyrénées. En Bretagne, il ne subsistait que quelques couples mais leur nombre commence à augmenter. Aujourd'hui, sur les 35 couples recensés dans la région, 22 nichent en carrière. Ils reconnaissent les carriers et sont devenus leurs mascottes. En revanche, ils n'apprécient guère les visiteurs.
Quels efforts devez-vous mener pour enrichir la biodiversité ?
Cela fait 30 ans que l'Unicem s'est engagée dans le financement d'études scientifiques, pilotées par le professeur Lefeuvre, du Muséum d'Histoire Naturelle. Nous en tenons compte dans le fonctionnement des carrières, par exemple en laissant intacts les pans de falaise où nichent les corbeaux, et en évitant les tirs de mines durant la nidification. Au-delà de la biodiversité, nous sommes extrêmement rigoureux dans l'application des prescriptions réglementaires en matière d'environnement. Nous anticipons systématiquement les réglementations futures, comme les lois qui naîtront du Grenelle, sur lesquelles nous travaillons déjà.
Vous préoccupez-vous également de ce que deviennent les carrières, au terme de leur exploitation ?
Oui, cela fait partie des questions que nous traitons en collaboration avec les collectivités locales. Nous souhaitons qu'il y ait d'autres solutions que le stockage de déchets et remblais, et nous accompagnons des projets comme la réutilisation en base de loisir, en lieu touristique comme le parc animalier de Doué-La-Fontaine, en site de promenade-nature comme au Stangalar à Brest, en réserve d'eau potable, en espace-tampon de réduction de crue, ou en lieu d'entraînement de plongeurs. Les anciennes carrières ennoyées atteignent jusqu'à 45 m de profondeur.
* Union nationale des industries de carrières et matériaux. En Bretagne, 200 carrières emploient 4.700 salariés et extraient 30 millions de tonnes par an.