Brest 2008. Le pacha du Marion sur le pont
Ils sont deux, des Bretons, à alterner à la barre d'un navire emblématique de l'océanographie française, le Marion-Dufresne. Ce cargo polyvalent appartenant à l'État, armé par la CMA-CGM et affrété par l'Institut polaire Paul-Émile Victor et l'administration des terres australes sera l'une des attractions de Brest 2008.
François Duchene n'aime pas entendre qu'il commande un mythe. Quel mythe ? Un cargo polyvalent de 120 m, plus petite unité de sa compagnie CMA-CGM qui compte 370 porte-conteneurs, pas même équipé pour affronter les glaces de l'Antarctique ? Il faut creuser pour deviner la forte personnalité du bateau. Le Marion-Dufresne est unique en son genre et surtout, il porte dans son nom des rêves nés il y a trois siècles, des histoires de marins bretons qui se perpétuent jusqu'à Brest 2008, grâce à l'Institut polaire Paul-Émile-Victor.
Le Marion a deux missions principales : l'océanographie sur toutes les mers du monde et la desserte des îles australes françaises, à quelque 3.000 km au sud de La Réunion. C'est tout à la fois un paquebot, un cargo chargeant des conteneurs, un pétrolier transportant du carburant, un porte-hélicoptères et un navire de recherche, équipé de 650 m² de laboratoires, d'un sondeur multifaisceaux et d'un carottier sédimentaire géant unique au monde.
Ce 15 décembre 2007, belle journée d'été austral, François Duchene a fait le silence à la passerelle. Les ordres précis sont donnés, sûrs et brefs. Les falaises d'un vert sombre s'approchent. Une indication, l'homme de barre répond et le bateau avance sur bâbord. Le Marion-Dufresne contourne l'île aux Moutons, dans l'archipel des Kerguélen. Le chenal est étroit pour l'imposant cargo. Le commandant est à son affaire. Il aime naviguer dans ses paysages désolés, tortueux et sombres où le vent et la mer peuvent à tout moment compliquer la manoeuvre. « Ici, nous avons peu de cartes. Nous utilisons celles qui ont été levées à bord. Je ne quitte jamais le sondeur du regard. C'est Kerguélen que je préfère. C'est grand, beau, sauvage. La navigation au ras des cailloux est un vrai bonheur. Cela donne du piment à une vie de marin ».
« On est piqué au Marion, ou pas »
Outre les quatre mois de desserte des îles des 40 e s Rugissants, le Marion effectue de nombreuses missions océanographiques sur les mers du monde. Là aussi, le rythme est particulier. « On peut passer un mois et demi en mer en avançant à cinq noeuds avec un tir de canon toutes les heures, dans le cadre des opérations sismiques ».
« On est piqué au Marion, ou pas, dit François Duchene. J'ai eu une chance extraordinaire de venir ici ».
À bord, l'équipage est 100 % Français. Ce qui est très rare. À la CMA-CGM, seuls 21 porte-conteneurs sur les 370 sont sous pavillon français. Et leur équipage est pour moitié composé de Roumains. « Il y a de moins en moins de Bretons, dit le pacha, lui-même Briochin, qui alterne le commandement avec un collègue de Plouzané (29). Le milieu s'est beaucoup ouvert. Actuellement, il y a une pénurie d'officiers au niveau mondial. C'est un métier qui n'attire plus. Il y a trop de contraintes au niveau de la vie sociale, familiale. Moi, je suis bien tant que ça bouge sous mes pieds. J'ai un bateau en baie de Saint-Brieuc ».
L'esprit de Marion Dufresne, navigateur explorateur malouin qui précéda de quelques mois Kerguélen dans les mers australes en 1772, soufflera sur les fêtes maritimes de Brest 2008 : le bateau de François Duchene sera, en effet, visitable, de vendredi à lundi prochains. L'Institut polaire, lui, ouvrira les portes des aventures scientifiques et maritimes du XXI e siècle avec des expositions, installées sur les quais, au pied du bateau.