Une belle histoire, composée par la grande Histoire, pleine de rebondissements, ponctuée par la chance et la persévérance. Cette histoire, c’est celle des Bains de la Reine de Guémené-sur-Scorff, vestiges du passé féodal de cette petite commune, sans doute bientôt petite cité de caractère, du Centre-Bretagne. Depuis le 14 avril, ils ont enfin repris forme sur le sol qui les a vus naître il y a plus de six siècles et d’où on les avait arrachés, en 1929. Ces Bains de la Reine ont historiquement été construits par Jeanne de Navarre, fille du roi de Navarre et épouse de Jean 1 er de Rohan, à l’extérieur du château, vers 1380. Sorte de thermes romains scindés en deux pièces - l’une très chaude, style hammam, et l’autre de repos -, l’installation était d’une extrême modernité à l’époque. « En 1929, afin de construire un lotissement à son emplacement, le monument a été vendu à un antiquaire de Vitré qui l’a fait démonter pour le transporter chez lui. Un prêtre qui passait par-là a eu la bonne idée de faire un calepinage,
un croquis où l’on note la numérotation des pierres, ainsi que des photos », explique Christian Perron, le maire de la commune. Les pierres sont ensuite parties vers Vitré où l’antiquaire en question a fait reconstruire les Bains pour s’en servir... « comme abri de jardin ». L’histoire rebondit en 1999 lorsqu’une Guémenoise en visite à Vitré rencontre le conservateur de la ville par hasard. Celui-ci lui parle alors de pierres venant de Guémené... Classées désormais aux Monuments historiques, celles-ci végètent pourtant dans un hangar communal sur des palettes. La Guémenoise fait le récit de cette rencontre à Christian Perron.
Il manque une immense cheminée
Trois ans plus tard, après l’accord de Pierre Méhaignerie, le maire de Vitré, et une modification de la réglementation interdisant à un Monument historique de bouger d’un département à un autre, c’est avec deux semi-remorques que le maire, ancien professeur, file récupérer son trésor. On est fin 2002. Il aura donc fallu plus de cinq ans pour que le monument renaisse. « Il fallait refaire un calepinage sérieux avant d’envisager tout remontage. Un spécialiste, Léo Goas, s’en est chargé. Il nous manquait 26 pièces. Nous en avons fait refaire certaines, pas toutes. Une immense cheminée sculptée qui servait à chauffer les Bains n’a pas été retrouvée. Autre problème : il fallait aussi leur trouver un emplacement... Ça n’a pas été simple non plus. Finalement, nous avons opté pour un ancien garage automobile situé, à côté de la mairie, devant les murailles du château ». Les Bains ont donc repris vie, à l’identique de 1929, au cœur d’un ancien site industriel. Un mélange des genres où un patrimoine vieux de six siècles cohabite habilement avec des poutres en fer et des poulies. « Nous allons y faire un centre d’interprétation expliquant le fonctionnement de ces Bains à vapeur mais aussi la vie à l’époque ». À l’extérieur, un jardin médiéval composé de plantes médicinales pourrait aussi voir le jour. Un nouveau chapitre s’ouvre désormais pour ces Bains de la Reine, véritable trésor pour la commune car il n’en resterait plus que deux aussi complets actuellement en France. Ceux de Guémené et ceux du Palais des Papes en Avignon.
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