Bac 68. Une cuvée pas ordinaire
Le bac en 68 a-t-il été « donné » ? Après trois semaines de grève (*), les terminales avaient quelque peu décroché. Les profs aussi. Nono, alors élève en terminale à Lorient, se souvient du « bac 68 », une cuvée pas ordinaire.
« Pour le bac, il n'y a pas eu d'examen d'écrit. On a passé l'oral de chaque discipline devant un jury de profs. Les Lorientais venaient au lycée Lesage, à Vannes, et les Vannetais se rendaient à Dupuy-de-Lôme, à Lorient. Je crois qu'il y a eu quelques collés », se souvient-il.
Pour le lycéen lorientais de 18 ans, Mai 68 fut « une espèce d'ébullition », avec des assemblées générales communes entre lycéens et profs grévistes. Dans un joyeux « happening » contestataire et sans comité de coordination. « Il n'y avait pas de hiérarchie. Beaucoup de jeunes profs étaient syndiqués et nos débats portaient sur la pédagogie ».
Coursé par des religieuses à cornette
Anecdote savoureuse : Nono se souvient d'avoir été « coursé », avec ses copains, par des religieuses à cornette alors qu'ils distribuaient des tracts aux élèves du collège-lycée privé de La Retraite, près de la gare de Lorient.
Une autre image lui est restée en mémoire : celle de son prof de philosophie, un brin austère, un certain René Verdun. « Il était toujours sapé en costume trois pièces. Il fut le dernier prof gréviste à reprendre les cours à Dupuy-de-Lôme. Il est rentré dans l'établissement, le poing levé et en chantant "l'Internationale " et en ajoutant « les profs sont tous des lâches ».
À l'époque, les établissements publics n'étaient pas mixtes. « À Dupuy-de-Lôme existaient le lycée des garçons et celui des filles. Les filles sortaient en récré à la demi-heure et les gars à l'heure pour que l'on ne puisse pas se côtoyer dans la cour ». La mixité fut une réalité en septembre suivant. Un des acquis de ce mai pas ordinaire...
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* De la mi-mai à la mi-juin