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Attentat de Quévert. Un second procès incertain
Acquittés en mars 2004, trois militants bretons, accusés de trois attentats, dont celui, mortel, de Quévert (22), en 2000, sont rejugés à partir d'aujourd'hui par la cour d'assises spéciale de Paris. S'il n'est pas renvoyé, le procès pourrait à nouveau accoucher d'une souris. À Guingamp, le 8 novembre dernier, une trentaine de membres du Carb (Comité anti-répressif de Bretagne) se sont symboliquement constitués prisonniers à la gendarmerie. Samedi, le comité de soutien à Gaël Roblin, Christian Georgeault et Pascal Laizé a rassemblé 250 personnes à Rennes. Mot d'ordre : « Halte à l'acharnement judiciaire et politique ». Une telle mobilisation n'avait pas cimenté les rangs des militants bretons depuis le verdict, le 26 mars 2004, de la cour d'assises spéciale de Paris. Elle avait acquitté les trois hommes, ainsi qu'un quatrième, de l'attentat mortel de Quévert. Christian Georgeault avait néanmoins été condamné à onze ans de réclusion pour sa participation à onze attentats ou tentatives. Gaël Roblin, en détention préventive depuis près de quatre ans, avait écopé de trois ans de prison pour association de malfaiteurs. Pascal Laizé avait été condamné à huit ans de réclusion pour sa participation à sept attentats ou tentatives.
Quarante attentats entre 1993 et 2000
Des panneaux « Frankiz ! » et un chant avaient accueilli ce verdict, laissant la famille de la seule victime du terrorisme breton, abasourdie et éplorée. Le 19 avril 2000, Laurence Turbec, originaire de Trélivan (22), chef d'équipe au McDonald's de Quévert, près de Dinan, venait de servir le petit-déjeuner à une mère et son garçonnet. Il était presque 10 h. Elle s'apprêtait à faire une pause avec sa soeur Laëtitia, employée elle aussi. Elle a poussé la porte de service du restaurant, déclenchant l'explosion d'une bombe posée contre la baie vitrée. Le système de mise à feu n'avait pas fonctionné au cours de la nuit. Elle est morte sur le coup. Elle devait fêter son 28 e anniversaire le lendemain. L'explosif provenait des 7,7 tonnes de dynamite dérobées le 28 septembre 1999, au dépôt de la SA « Titanite », à Plévin (22). L'attentat ne fut jamais revendiqué. Le minuteur était le même que celui utilisé lors d'une tentative contre l'ANPE de Rennes, le 29 novembre 1999. Cet acte fut, en revanche, revendiqué par l'ARB, l'Armée révolutionnaire bretonne, qui accentuait les attentats depuis la fin des années 90 (40 entre 1993 et 2000, dont 23 ont fait l'objet d'un non-lieu).
Climat de « surenchère »
Le premier procès, qui avait duré tout le mois de mars 2004, avait réuni onze accusés et révélé une face peu glorieuse de la lutte indépendantiste. Au fil des débats, l'amateurisme des poseurs de bombes, « bricoleurs patentés » selon la Division nationale anti-terroriste, était apparu en pleine lumière. Tout comme le fourre-tout idéologique dans lequel baignait la gauche indépendantiste bretonne depuis la fin des années 90. Elle se retrouvait dans le mouvement Emgann (Combat). Créé en 1983, il voyait alors une nouvelle génération de chômeurs et précaires, peu formés politiquement, plus radicaux, grossir ses rangs. Idéologiquement, « la libération nationale du peuple breton » le disputait à l'anticapitalisme. Et à l'époque, tous les esprits restaient marqués par le démontage, en août 1999, du McDonald's de Millau, par José Bové et ses partisans. Entre-temps, Yann Puillandre, figure historique du mouvement nationaliste breton, avait déjà démissionné d'Emgann en dénonçant « un climat de surenchère indépendantiste ». Pour le juge Gilbert Thiel, la séparation entre Emgann et l'ARB relevait « de la fiction ».
Le « nouveau » et le « vieux » militant
À la tête d'Emgann, il y avait alors Gaël Roblin, jeune porte-parole gouailleur, fasciné par les médias. Celui qui travaille aujourd'hui à « Skol An Emsav », association rennaise dispensant des cours de breton, incarnait à l'époque le « nouveau militant », par opposition au « vieux militant », dont la figure emblématique était Christian Georgeault, charpentier originaire de Fougères (35). Lors du premier procès, ce dernier avait reconnu son appartenance à l'ARB et sa participation à huit attentats et une tentative, toujours contre des symboles de l'État, perceptions ou gendarmeries. L'un de ses fidèles hommes de main était Pascal Laizé, électricien devenu artificier de l'ARB.
Quinze jours d'audience
En 2004, beaucoup d'accusés furent poussés dans leurs retranchements. Comme Gaël Roblin qui dut livrer une information peu vraisemblable, selon laquelle il avait un « accord » avec un membre de l'ARB, pour expliquer qu'il était informé de l'attentat de Pornic avant les journalistes. Tout aussi tarabiscoté, le récit de sa rédaction d'un vrai faux communiqué, aux côtés de Christian Georgeault, dans lequel l'ARB niait sa responsabilité dans l'attentat de Quévert. Mais, malgré les gardes à vue à rallonge, la détention préventive et le feu des questions, la participation des accusés aux trois faits visés par ce nouveau procès ne put être établie. Peut-être parce que « l'axiome "Roblin a menti, Roblin est coupable" est trop simple », avait soutenu M e Omez, avocat de ce dernier. La cour avait finalement suivi la défense qui déplorait que « dans l'impossibilité de déterminer une ou plusieurs responsabilités, on ait tenté de déterminer une responsabilité collective, un peu floue, diffuse ». Retour à la case départ, quatre ans et demi plus tard, sans éléments nouveaux. Si la cour déboute les avocats de la défense (lire ci-contre), les débats devraient durer quinze jours.



Le 19 avril 2000, une bombe placée devant le McDonald's de Quévert avait explosé et tué une employée, Laurence Turbec, âgée de 27 ans. . Photo archives Le Télégramme
Sources
Le Télégramme
17/11/2008
Rubrique: Infos régionales
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