Artistes. Retour doré à Camaret-sur-Mer
À la fin des années 90, Camaret-sur-Mer abritait sept ou huit peintres. Ils sont plusieurs dizaines aujourd'hui, exposant dans 17 galeries. Un siècle après avoir accueilli une colonie d'hommes de lettres, le port du bout du monde s'offre une deuxième vie artistique.
L'histoire d'amour qui unit le port de Camaret au milieu artistique ne date pas d'hier. Déjà, au début du XX e siècle, alors que les sardiniers mouillaient par centaines dans l'anse de Penhir et que le poisson embaumait jusqu'à la place Saint-Thomas, une colonie d'hommes de lettres partageait le quotidien des courageux marins. Les ruines du manoir de Coecilian, propriété huppée du poète Saint-Pol-Roux, témoignent encore de cet âge d'or. Tout comme le quai de la commune, baptisé Gustave Toudouze, du nom du romancier qui s'inspira des paysages sauvages de ce bout du monde. Même la Tour Vauban, fierté camarétoise, doit en partie sa sauvegarde aux artistes, puisque c'est Saint-Pol-Roux lui-même qui monta au front, dans les années 1900, pour protester contre sa vente à un propriétaire privé.
Un petit Pont-Aven ?
Clin d'oeil de l'histoire ou simple coïncidence : un siècle plus tard, alors que la fameuse Tour Dorée vient d'accéder au patrimoine mondial de l'Unesco, la cité semble de nouveau agitée d'un soubresaut artistique. Et autour de la place Saint-Thomas s'articulent, aujourd'hui, quelque 17 galeries, dix de plus que dans les années 90.
Pierre Raffenne fait partie des nouveaux arrivants. Devant son magasin « L'Effet mer », il parle de « petit Pont-Aven » et rêve d'inscrire le lieu sur la route des cités d'art. « Nous façonnons un bonhomme de glaise qui sort tout juste de terre, concède-t-il. Nous ne savons pas encore s'il aura un, deux ou trois bras ». Car, à la différence de la ville d'adoption de Gauguin, Camaret n'est, en aucun cas, le terreau d'un style pictural révolutionnaire. Plus un « laboratoire génial » et bien vivant dans lequel « chaque artiste doit accepter la diversité des autres et en extraire le dynamisme nécessaire à la vie du groupe ».
« On puise notre force de cette terre »
D'accord. Mais il doit bien y avoir un truc, un dénominateur commun à cette « famille » bien composée ? La réponse fuse à quelques mètres de là, sur la terrasse du café « Steven ».
« On puise tous notre force et notre inspiration de cette terre. Tu ne peux pas être fade face à un environnement si expressif », lance un jeune trentenaire prénommé, justement, Steven. Drôle de garçon. Pendant la belle saison, c'est lui, le patron du café-librairie-galerie susnommé. Et pendant le reste de l'année, il court les galeries de Berlin, New York, Londres ou Paris. Steven croit dur comme fer en l'avenir de Camaret. Et y prend part. Son bar fait figure de poumon estival de la place Saint-Thomas. Les artistes s'y retrouvent pour échanger leur point de vue ou « s'engueuler jusqu'au psychodrame ».
Ça sent bon la vie, l'aventure humaine et la réussite future. Si l'on ajoute à ce cocktail, l'inscription de la Tour Vauban à l'Unesco et le lot de touristes qu'elle devrait apporter, Camaret pourrait bien connaître un deuxième âge d'or artistique. Reste à saisir l'occasion. Steven, Pierre et les autres s'y préparent en tentant, dès aujourd'hui, d'offrir à leur « bonhomme de glaise » la capacité de résister aux chants des sirènes commerciales.