Serbie. Le criminel de guerre Karadzic face à la Justice
Après avoir habilement échappé à la Justice pendant 13 ans, Radovan Karadzic, ancien chef des Serbes de Bosnie et inculpé de génocide, a été arrêté lundi soir.
Il a fallu près de treize ans pour mettre la main sur Radovan Karadzic, l'un des criminels de guerre présumés les plus recherchés. L'ancien chef politique des Serbes de Bosnie, aujourd'hui âgé de 63 ans, a été arrêté lundi soir et attend son transfèrement vers le Tribunal pénal international, à La Haye.
Considéré comme l'un des artisans du « nettoyage ethnique » qui a fait 260.000 morts et 1,8 million de déplacés durant la guerre de Bosnie (1992-95), il est inculpé de génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité pour avoir conduit le siège de Sarajevo et l'« épuration ethnique » des musulmans et croates, marquée par le massacre de quelque 8.000 musulmans à Srebrenica en 1995. La liste des exactions est longue : campagne des « snipers » à Sarajevo, bombardements de civils, camps de concentration, prise en otages de Casques bleus, incitation systématique au meurtre, viols, tortures, déportations...
Devenu méconnaissable
Le visage dissimulé derrière des lunettes et sous une longue barbe blanche, Karadzic s'était rendu méconnaissable. Ses années de clandestinité sont un mystère. L'homme se serait caché dans des monastères orthodoxes et des grottes de zones reculées de la Serbie. Il avait échappé aux autorités en usant d'une fausse identité, pratiquant la « médecine douce » et travaillant pendant des années dans une clinique de Belgrade.
Considéré comme un monstre par les Croates et les musulmans de Bosnie, il reste pour de nombreux Serbes un héros de la guerre. Né en 1945 au Monténégro, Karadzic devient psychiatre à Sarajevo dans les années 60 et ne commence sa carrière politique qu'en 1990, avec pour mentor Slobodan Milosevic, mort en 2006 dans la prison du TPI avant la fin de son procès. La signature des accords de Dayton, en 1995, marquera pour Karadzic le début de la clandestinité.
« Il mérite d'être pendu »
A Srebrenica, les familles de victimes et rescapés du massacre ont accueilli la nouvelle avec soulagement. « Je me réjouis, mais rien ne pourra guérir mes blessures » , murmure Asim, 37 ans, miraculé qui en juillet 1995 a perdu 40 membres de sa famille dans le massacre. Zahida, serveuse dans un café de la ville, elle, est sans pitié : « Karadzic mérite d ' être pendu ! Il devrait souffrir de la même manière que ses victimes » .