Louis de Broissia. Pékin doit ouvrir le dialogue
Sénateur UMP de la Côte-d'Or, Louis de Broissia est président du groupe d'information sur le Tibet au sein de la Haute assemblée.
Quelles informations avez-vous aujourd'hui sur la situation au Tibet ?
Mes informations, recoupées de bonne source, indiquent que les arrestations se multiplient. Plusieurs centaines de personnes sont embarquées chaque jour dans des camions militaires vers des destinations inconnues. Concernant les morts, leur nombre atteint le chiffre de 99 personnes décédées de mort violente. Et nous savons que des régiments supplémentaires sont arrivés au Tibet, là où l'on comptait déjà 40 divisions chinoises. C'est désormais la loi martiale qui règne sur le plateau tibétain et dans les régions avoisinantes, où il y a des minorités tibétaines importantes.
La France doit-elle boycotter les Jeux Olympiques ou, à tout le moins, les cérémonies d'ouverture ?
Comme le dalaï lama lui-même, nous ne souhaitons pas le boycott des JO de Pékin car ce serait injuste à l'égard des compétiteurs sportifs. Ils se sont préparés en vue de cet événement et ils n'ont pas à être pénalisés par des considérations politiques. Par contre, les cérémonies officielles d'ouverture sont des manifestations à caractère politique. Et pour le moment, nous devons faire planer la menace d'une absence des représentants de l'Union européenne, et pas seulement de la France, à ces cérémonies si importantes pour la Chine.
La Chine semble peu se soucier des protestations internationales. Peut-elle tenir sur cette stratégie ?
En restant sourde à la question tibétaine, la Chine prend un risque insensé. Il appartient aux dirigeants de Pékin d'ouvrir le dialogue. Et d'abord avec le dalaï lama qui ne cesse de répéter qu'il y est prêt. La Chine a voulu méconnaître les réalités du problème tibétain depuis cinquante ans. Le problème demeure pourtant entier. Voilà pourquoi Pékin doit réagir très vite.
Le dalaï lama vient en France au mois d'août. Faut-il que Nicolas Sarkozy le reçoive ?
Le Président a pris la pleine mesure du problème tibétain, je puis en témoigner. Nous avons demandé que le chef de l'État reçoive le dalaï lama. Je considère pour ma part, avec tout le respect que je porte à Rama Yade, que c'est à notre Président de recevoir le dalaï lama et pas seulement au secrétaire d'État aux Droits de l'Homme. Je rappelle qu'Angela Merkel l'a reçu, tout comme George W. Bush. Le Premier ministre britannique, Gordon Brown, s'apprête à faire de même. La France ne peut pas faire moins. Ce n'est pas du niveau d'un secrétaire d'État, c'est évidemment du niveau du président de la République.
Êtes-vous déçu par l'attitude de notre ministre des Affaires étrangères, l'homme qui avait théorisé le concept du droit d'ingérence en matière de Droits de l'Homme ?
Je ne suis pas déçu. Je reste en attente. Et je propose à mon ami Bernard Kouchner de faire preuve de moins de retenue sur la question tibétaine. Je demande à Bernard Kouchner de prendre une initiative sur ce dossier tibétain en liaison avec ses collègues ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne.
Ne faut-il pas privilégier le réalisme politique et oublier les Droits de l'Homme pour servir nos intérêts commerciaux ?
Je ne le crois pas. À la lueur des relations que les Allemands et les Américains entretiennent avec la Chine, on constate que malgré leurs observations fortes à propos de la question tibétaine, aucun contrat n'a été rompu, aucune négociation commerciale n'a été interrompue.
Si la Chine veut des Airbus, c'est parce qu'elle considère que l'Airbus est un bon avion. Je pense que nous ne devrions pas mettre en balance les Droits de l'Homme et nos intérêts commerciaux. Si nous le faisions, nous serions d'ailleurs les seuls à agir de la sorte.