Canada. Des Françaises victimes d'une erreur médicale
C'est l'un des plus grands scandales médicaux de l'histoire du Canada. 400 Terre-neuviennes et une dizaine de Saint-pierraises, atteintes de cancers du sein, ont fait les frais d'incompétence et de négligence.
De notre correspondant au Canada. « Toutes les patientes de Terre-Neuve ont été contactées... Les femmes de Saint-Pierre-et-Miquelon sont le groupe oublié », a déclaré à la radio Canadian Broadcasting Corporation, le directeur provincial de la Société canadienne du cancer, Peter Dawe.
Traitements inadéquats
Entre 1997 et 2005, 383 Terre-neuviennes et onze Saint-pierraises, atteintes de cancer du sein, ont subi des tests à l'hôpital Saint-Jean de Terre-Neuve, afin de déterminer le type de traitement qu'elles devaient suivre.
Le personnel médical du laboratoire s'est trompé lors de ces tests. Les malades ont, dès lors, subi des chimiothérapies, alors que certaines auraient dû suivre des hormonothérapies. Une centaine sont décédées.
Le scandale, révélé en 2005 par un quotidien de Terre-Neuve, The Independent, est demeuré relativement inaperçu, jusqu'à ce que la pression de l'opinion publique oblige le gouvernement à créer une commission d'enquête.
Commission d'enquête
Des centaines de survivantes témoignent depuis le printemps devant la Commission d'enquête de la juge Margaret Cameron, chargée de comprendre comment la Régie de la santé de Terre-Neuve a pu faire des erreurs à répétition et se taire pendant huit ans.
Si les premiers témoignages des victimes sont émouvants, les Canadiens attendent avec intérêt, aujourd'hui, ceux des Saint-pierraises. Ce n'est en effet qu'au début juillet que Radio-Canada a révélé que des Françaises ont été touchées par ce scandale. Le gouvernement français paie le Canada pour soigner les ressortissants de son archipel de 7.000 habitants. Au moins trois Saint-pierraises sont mortes. Huit autres vont témoigner. Des malades de Saint-Pierre-et-Miquelon n'ont été prévenues qu'au printemps dernier des erreurs de traitement.
Excuses de mauvais goût
La porte-parole de la Régie de la santé de Terre-Neuve, Patricia Pilgrim, a précisé qu'il y a eu des « problèmes de communication » et de traduction ! Fonctionnaires et politiciens canadiens se sont relayés dans le mauvais goût. Le ministre de la Santé de Terre-Neuve, à l'époque des faits, n'était pas au courant. Le directeur de cabinet du Premier ministre de la province ne se souvient plus. Le ministre de la Justice, Jerome Kennedy, estime que la commission a déjà coûté 750.000 dollars aux contribuables.
Andrée Olano, victime saint-pierraise et présidente de l'Association pour la recherche de la vérité sur les erreurs de laboratoire, confiait récemment à Radio Canada : « Émotivement, c'est très dur pour nous qui avons eu les mauvais tests. Ce qui me révolte, c'est qu'il n'y a pas eu davantage de communication autour de cette affaire très grave, qu'il y ait eu une sorte de silence. On se demande même s'il n'y a pas eu une certaine volonté de garder l'information ».