Autriche. L'extrême droite perd son leader
La course politique du leader de l'extrême droite autrichienne, Jörg Haider, s'est terminée, hier matin, dans un accident de voiture dans le sud du pays.
Mort à 58 ans, le gouverneur de la province de Carinthie qu'il dirigeait depuis neuf ans, laissera le souvenir d'un démagogue populiste, d'un tribun aussi talentueux que vénéneux, qui aura su élever son parti extrémiste l'Alliance pour l'avenir de l'Autriche (BZÖ), au rang des formations ayant pignon sur rue.
Doté d'un physique avenant, très télégénique, ce fils d'un cordonnier nazi de la première heure avait suscité l'attachement de nombreux Autrichiens qui appréciaient souvent en lui un langage radical proche de leurs préoccupations. Il fut longtemps le dirigeant d'un parti créé par d'anciens nazis, le FPÖ, qu'il avait quitté en 2005.
Fidélité aux principes
du nazisme
Dans les années 1990, son émergence sur la scène politique européenne avait provoqué un scandale d'autant plus considérable que Jörg Haider revendiquait haut et fort son antisémitisme et sa fidélité aux principes du nazisme. Des positions qui avaient fait mettre l'Autriche au ban de la Communauté européenne, en 2000, quand son parti était entré dans la coalition du conservateur Wolfgang Schüssel. Mais cette entrée ne devait rien au hasard : son parti avait recueilli près de 27 % des suffrages !
Huit ans plus tard, il avait à peine atténué les provocations de son discours pour s'en prendre principalement à la corruption sévissant, selon lui, en Autriche et dans les instances européennes de Bruxelles.
« L'Autriche
aux Autrichiens »
Son slogan classiquement xénophobe, « l'Autriche aux Autrichiens » focalisait l'attention sur ses positions contre l'immigration, qu'il mettait en pratique dans sa province. La veille de sa mort, le Haut-commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) avait reproché à la Carinthie d'avoir créé un centre d'accueil pour immigrés, dans une bourgade isolée dans les alpages. Durant toute la campagne électorale, conclue par un vote le 28 septembre dernier, il avait surfé avec vigueur sur l'anti-européanisme de ses compatriotes, qui comptent parmi les plus eurosceptiques de l'Union. Résultat inespéré pour celui que ses adversaires avaient cru fini : 10,7 % des voix !
Mais son succès politique ne risquait pas de provoquer son retour au gouvernement, donc une nouvelle crise. Les socialistes chargés de le former avaient exclu, par avance, toute idée de coalition entre eux et l'extrême droite. Jörg Haider avait néanmoins fait savoir, à toutes fins utiles, qu'il ne réclamait personnellement aucun poste gouvernemental. La question ne se posera plus...