Simone Veil. Femme « immortelle »
Par 22 voix sur 29, Simone Veil a été élue, hier, à l'Académie française au fauteuil de Pierre Messmer. Retour sur le parcours d'une femme d'exception, devenue une icône.Que restait-il à briguer pour celle qui, toujours sublime à 81 ans, est une des figures politiques préférées des Français ? L'Académie française sans doute. C'est chose faite puisque Simone Veil vient de remporter son fauteuil haut la main. Elle sera donc la cinquième femme à siéger dans cette digne assemblée qui a eu beaucoup de mal à se féminiser.
Ça n'est pas pour déplaire à cette femme d'idées et de convictions, réputée pour son caractère inflexible, qui a laissé son nom, en 1975, à une des lois les plus importantes pour les Françaises, légalisant l'interruption volontaire de grossesse. « C'est pour moi une des batailles les plus importantes de toute ma vie professionnelle », se souvient-elle sobrement. Une des plus rudes aussi puisqu'elle essuya insultes et houris lors des débats à l'Assemblée et vit inscrit sur sa porte d'entrée : « Veil = Hitler ».
Régression
de l'ambition féminine
Vraie femme de droite, supporter de Nicolas Sarkozy, elle a souvent professé des idées de gauche. Cette magistrate de profession, mariée à un haut fonctionnaire, Antoine Veil, et mère de leurs trois fils, qui débuta sa carrière politique en 1974 comme ministre de la Santé, s'étonne aujourd'hui d'une certaine régression de l'ambition féminine. Et même d'une régression certaine.
« Je le constate parmi mes proches : les jeunes femmes ne supportent plus de devoir tout concilier. Souvent, elles choisissent leur famille au détriment de leur vie professionnelle ».
Des mémoires vendues
à 500.000 exemplaires
Née à Nice d'une famille juive, déportée à 17 ans, en 1944, à Auschwitz, elle survécut avec deux de ses soeurs et vit périr sa mère adorée, son père et l'un de ses frères. « Mon jeune âge m'a permis de traverser cette période. Quand j'en reparle avec Marceline Loridan, qui fut déportée avec moi et qui avait mon âge, il nous est arrivé d'en rire ».
Celle qui eut cette formule terrible en parlant du peu d'attention portée après-guerre aux survivants de la Shoah - « On ennuyait » -, s'est tout au long de sa vie battue pour une Europe unie et pacifiée qui, dit-elle, l'a « réconciliée avec le XX e siècle ».
Elle a présidé le Parlement européen de 1979 à 1982, siégé au Conseil constitutionnel de 1979 à 1982 - « Là encore, les femmes sont si minoritaires ».
Elle préside aujourd'hui la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Auteure d'une autobiographie intitulée « Ma Vie » (publiée chez Stock), vendue à plus de 500.000 exemplaires, elle regrette d'y avoir été trop succincte. Ce qui ne l'empêchera pas de devenir immortelle.