J.-F. Roubaud. « Les entreprises souffrent »
Les petites et moyennes entreprises sont particulièrement touchées par la crise financière. Jean-François Roubaud, président de la CGPME, constate déjà une hausse des dépôts de bilan.
Les PME souffrent-elles déjà de la crise ?
Certaines entreprises commencent à être touchées, et principalement les secteurs du transport routier, de la mécanique et de la sous-traitance de l'industrie automobile. Et je constate que les dépôts de bilan sont en augmentation de 17 % à la fin octobre.
Vous avez rencontré le médiateur du crédit nommé par Nicolas Sarkozy. Avez-vous obtenu des assurances concernant l'accès au crédit ?
On a des assurances depuis l'intervention du président de la République à la mi-octobre. Notre souci est que cela a été très long à se mettre en place ; les fonds dégagés par le gouvernement commencent seulement à arriver.
Avec le médiateur, René Ricol, nous avons essayé de voir comment améliorer les choses. Globalement, on a constaté qu'il y avait quand même des solutions envisagées pour un grand nombre d'entreprises. Mais le dispositif ne se met en place qu'un mois et demi après la décision gouvernementale. La machine bancaire est très compliquée et il y a encore des personnels de guichet qui ne sont pas au courant des mesures prises par le gouvernement pour faciliter l'accès au crédit pour les entreprises. Alors que l'Oseo (*) donne très rapidement sa garantie, dès lors que le bilan des entreprises est équilibré et que les problèmes sont conjoncturels et non pas structurels, on voit bien que les banques tardent malgré tout à mettre en place ces financements.
La proposition de loi sur le travail du dimanche vient en discussion à l'Assemblée nationale le 11 décembre. Y êtes-vous favorable ?
Non. Le fait que les commerçants puissent ouvrir le dimanche dans les zones touristiques ne nous pose pas de problème. Mais le point de blocage pour notre organisation tient au fait qu'en acceptant des ouvertures dominicales systématiques dans les grandes métropoles, on prendrait le risque de transferts de la consommation. Si on ouvre le dimanche, les clients iront faire leurs achats le dimanche, mais ils n'achèteront pas plus pour autant. Un gâteau coupé en six n'augmente pas de taille quand on le coupe en huit. Nos concitoyens, qui iraient le dimanche dans des centres commerciaux, n'iraient plus dans les commerces de proximité en semaine. On risque ainsi de tuer les commerces de proximité que, pourtant, les mêmes hommes politiques affirment vouloir défendre.
Le gouvernement envisage de repousser l'âge de la retraite à 70 ans. Est-ce une réforme utile à vos yeux ?
Allonger la durée du travail jusqu'à 70 ans, pourquoi pas ? On a besoin des seniors et on en aura de plus en plus besoin avec l'allongement de la durée de vie. Mais si nous disons « oui » à l'âge de la retraite à 70 ans, nous demandons que cela se fasse avec l'accord des chefs d'entreprise. Ne leur retirons pas leurs prérogatives. Il ne faut pas oublier que c'est leur argent et leurs sociétés qui sont en cause.(*) établissement public dont la mission est de soutenir l'innovation et la croissance des PME