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Rencontre avec les « soldats » de l'ultragauche
Qui sont les « anarcho- autonomes », qui disent combattre le système ? En mai dernier, à l'occasion d'un procès, nous avions pu rencontrer quelques membres de cette mouvance, remise en lumière par l'affaire de Tarnac. Ils sont quatre, âgés de 20 à 23 ans. Pour nous, ils seront « Michel », « Marie-Christine », « Gwenaëlle » et « Oriane ». Pas de photo, pas de numéro de téléphone. Ils acceptent juste de laisser une adresse mail... qui ne fonctionnera jamais. Après le refus de leurs camarades de parler à la « presse bourgeoise, valet de l'Etat et suppôt du capitalisme », ce petit groupe de squatters rencontré lors d'un procès d'expulsion accepte finalement l'entrevue. Tous appartiennent à cette « mouvance anarcho-autonome » ciblée depuis plusieurs mois par le ministère de l'Intérieur. A l'époque où nous les rencontrons, trois squatters rennais suspectés de terrorisme viennent d'être interpellés et écroués (lire-ci-dessous). « On les a croisés », nous révèlent nos quatre interlocuteurs, qui ne s'étendent pas sur le sujet.
« On veut nous diaboliser »
Il faut dire que le spectre d'Action Directe brandi par le ministère de l'Intérieur les exaspère. « Dès qu'il y a des débordements, on nous stigmatise et on agite cette menace. On veut nous diaboliser. Cette stratégie vise à faire peur, et à faire taire un mouvement de contestation sociale qui grossit et dérange politiquement. » Les autonomes font notamment référence à l'aide aux sans-papiers et à la lutte contre les centres de rétention. Leur combat contre le capitalisme rencontrerait aussi « un écho favorable ». « Il y a davantage de tensions sociales. Après le désert des années 80, et une relative effervescence en 1995 et 1996, on sent aussi que nos actions ont de plus en plus de résonance. Nous sommes sur une pente ascendante. Ce n'est pas encore mai 68, mais l'ébullition approche. »
« Action Directe était une dérive »
Nos quatre interlocuteurs rejettent, en partie, l'idée de violence. « Cela dépend pourquoi et comment. Pour foutre le bordel, il existe aussi des manières non violentes très efficaces. » Pour Michel, « Action Directe était une dérive ». Selon lui, « une révolution ne doit pas être menée par une minorité (...) Oui, je cherche à faire la révolution. Mais je ne suis pas encagoulé, en train de comploter et de chercher à m'armer. Cette théorie du complot, c'est du fantasme ! » Les trois squatters interpellés qu'ils ont croisés ? « Une erreur de jeunesse. Ils ont voulu jouer un peu trop. » Marie-Christine comprend que certains puissent déraper. « Ils pensent qu'ils n'ont pas grand-chose à perdre. Que la prison, c'est pas forcément pire. A Rennes 2, il y a 20.000 étudiants qui savent qu'ils n'auront pas de boulot en sortant de la fac... » Pourquoi s'inscrire, s'il n'y a pas de débouchés ? « Etudiant, c'est mieux que rien du tout. Si tu n'es pas au moins ça, tu n'es plus rien. Avec les bourses, tu peux continuer à vivre... » Sa camarade, Gwenaëlle, martèle : « C'est peut-être vain ce qu'on fait, mais on ne peut pas rester là à attendre. Etre individualiste à 20 ans, ce n'est pas possible. A cet âge, on a le temps de penser au monde dans lequel on vit. On a le temps d'essayer de construire des choses. Nos parents, qui ont des crédits à payer, des enfants à charge, n'ont pas ce luxe... »
« Nous sommes des rats. On vit de restes »
Eux se décrivent comme « des rats ». « On est des fauchés. On vit des restes de la société. » Ils vivent dans des squats. Des locaux inoccupés qu'ils s'efforcent de garder « le plus longtemps possible ». Jusqu'à l'expulsion. Un vrai jeu de chat et de la souris avec la municipalité, propriétaire de la majorité des locaux squattés. Dans ces « espaces autogérés », ils organisent leur vie « de manière à ce que le moins de monde possible travaille de manière salariée », car « c'est aliénant ». Pas question « d'engraisser le capital et de participer à son système ». Pour dépanner, certains se résignent ponctuellement à faire de petits boulots, comme les vendanges. Pour le reste, le RMI et les bourses étudiantes de quelques squatters suffisent à faire vivre la communauté.
Bar clandestin et cantine populaire
Pour manger, il leur arrive pourtant de faire les poubelles, notamment après les marchés. Ils vivent de la récupération. « Les gens vont travailler pour avoir de l'argent et pouvoir s'acheter une voiture. Nous, on essaie de tout faire par nous-mêmes. On bricole beaucoup. » Dans ces squats, où il y a beaucoup de passage, ils ont aussi mis en place un « bar clandestin » et une « cantine populaire ». Ils organisent des projections et des concerts. C'est aussi dans l'un de ces squats, à Rennes, que la police a retrouvé « de nombreuses références à Action Directe (AD) ». Comme ce livre dédicacé, de Charlie Bauer, où ce « révolutionnaire et anarchiste », fervent défenseur d'AD, ancien bras droit de Mesrine, arbore ses blessures de guerre - « 25 ans de prison et huit tentatives d'évasion » - comme des médailles. Selon la police, la dédicace disait en substance : la lutte continue.



Le 11 novembre, la police antiterroriste, descendue en force à Tarnac (Corrèze), avait procédé à des interpellations. Mardi, sur les neuf personnes incarcérées dans l'affaire des sabotages de lignes SNCF, seuls Julien Coupat et sa compagne ont été maintenus en détention. . Photo AFP, archives
Sources
Le Télégramme
04/12/2008
Rubrique: France
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