Picasso. Maître parmi les maîtres
Epoustouflant ! Ils sont tous là. Jusqu'au 8 février, le Grand Palais propose une rencontre exceptionnelle entre les plus grands génies de la peinture et le génie du XX e siècle Picasso. « Cette exposition est un miracle ! », s'exclame Anne Baldassari, commissaire de l'exposition.
Effectivement, un tel rassemblement de trésors de toutes écoles et de toutes périodes autour des oeuvres de Picasso (1881-1973) est unique par sa profusion et sa richesse. L'exposition montre le talent et l'audace avec lesquels l'inventeur du cubisme a exalté ses prédécesseurs. « En peinture, je n'ai pas d'amis ; je n'ai que des amants », disait Picasso.
Jeune, Picasso a découvert El Greco, Vélasquez et Goya, au Prado, puis il admira Delacroix, Ingres et Manet, dès son arrivée à Paris. L'exposition dévoile le dialogue permanent entre les oeuvres des peintres classiques et Picasso. « Il est de tous les peintres modernes, le seul qui a, à ce point, endossé toute l'histoire de la peinture », continue Anne Baldassari. Il s'approprie l'oeuvre des autres, puis l'analyse, la déconstruit, la dissèque, la transforme, change les couleurs, la valorise ou la désacralise, en cherche le secret, pour enfin la faire sienne. En 1963, il avoue : « La peinture est plus forte que moi, elle me fait faire ce qu'elle veut ».
Des peintures
qui dialoguent
Cette « peinture de la peinture », très personnelle, se retrouve tout au long de l'exposition qui est à la fois thématique et chronologique. La première salle, d'un gris sobre, s'ouvre sur l'autoportrait « Yo Picasso », réalisé à 20 ans, qui tutoie fièrement les autoportraits de Cézanne, Delacroix, Rembrandt, Gauguin et Goya. Ses oeuvres de jeunesse impressionnent par leur puissance. On devine déjà le grand peintre qu'il va devenir.
Son premier grand tableau, qui introduit l'exposition, s'inspire de « Saint Martin et le mendiant » du Greco. Picasso se met en scène nu, guidant lui-même un cheval par une bride invisible. Il a 24 ans. La filiation est clairement établie. Sa langue maternelle est la peinture.
Des tableaux qui dialoguent entre eux
A partir des années 1950, Picasso donne la pleine mesure de son travail de réflexion, à travers des variations de toiles célèbres, dont les « Ménines » de Vélasquez. Ce tableau icône, tout entier construit sur un jeu de reflets et de miroirs, donna lieu à 44 variations. Sa première version est la plus fidèle et la plus aboutie. Puis, peu à peu, Picasso s'approprie le monde de Vélasquez et lui fait subir toutes les métamorphoses possibles. Sous ses pinceaux, l'oeuvre vit, évolue, prend des formes nouvelles.
Le Minotaure se nourrit de la peinture et n'est jamais rassasié. Les vis-à-vis de ces tableaux immenses et exceptionnels qui dialoguent entre eux, rendent la peinture vivante.
La dernière salle des nus féminins est bouleversante d'émotion. La Vénus de Titien côtoie l'Olympia de Manet, la Maja de Goya, l'Odalisque d'Ingres. Grâce à Picasso qui les a tous réunis.
Pratique
Au Grand Palais jusqu'au 2 février 2009. Réservations : www.rmn.fr