Itinéraire d'une enfant gâtée
Carla Bruni n'est pas seulement la nouvelle femme de Nicolas Sarkozy. C'est aussi un ancien mannequin né en Italie qui a collectionné les hommes et les succès.
C'est l'histoire d'une grande fille riche qui a toujours eu le monde à ses pieds, dans les salons du château familial de Castagno Po, près de Turin, comme sur les podiums des défilés de mode ou, récemment sur scène. Une sorte de don de naissance chez cette enfant de la grande bourgeoisie piémontaise, née Bruni Tedeschi il y a quarante ans. Enfance sans histoire et solitaire auprès de richissimes parents absents et très artistes. Le père, Alberto, est un industriel reconverti dans la musique dodécaphonique, la mère, Marisa, une pianiste connue sous le nom de Marisa Bornini. Dans leur demeure, où règnent les tableaux de maître et le mobilier précieux, le gotha défile.
Envoyée à cinq ans à Paris
Ce ballet mondain et raffiné ne dure qu'un temps. En 1973, le terrorisme d'extrême gauche oblige le père Tedeschi à envoyer sa femme et ses trois enfants à Paris. La petite Carla, six ans, va habiter un hôtel particulier dans le XVI e arrondissement. Pour le week-end ou les vacances, elle passe d'une grande demeure à Rambouillet à une villa cossue du Cap Nègre, sur la Côte d'Azur. C'est le temps des jours et des nuits dorés dans la capitale qui s'offre plus tard à cette adolescente avide de dévorer la vie. Douze ans plus tard, elle abandonne ses études d'art plastique pour devenir mannequin, ce qui n'est pas difficile vu son physique longiligne et sa beauté qui attirent le regard des plus grands couturiers, Lacroix, Lagerfeld, Rykiel, Gaultier, comme des plus grands photographes. La voici top-modèle par jeu, pour tromper l'ennui, s'amuser, gagner beaucoup d'argent et voyager. L'aventure dure dix ans, le temps pour Carla de mener la vie trépidante d'une icône de la mode aux côtés de ses voisines de podium, Naomi Campbell, Claudia Schiffer, Linda Evangelista. « Le mannequinat, c'est comme le sport : à trente ans, on est mort », avoue-t-elle, parfaitement consciente d'être devenue une professionnelle de la célébrité. Intelligente et cultivée, imprévisible et ambitieuse, elle quitte le métier non sans laisser dans ce milieu, volontiers amnésique, le souvenir d'une femme bien élevée et respectueuse des autres.
« Une croqueuse d'amants »
Que va-t-elle faire ensuite ? S'étourdir et devenir, selon sa propre formule, « une prédatrice », « une croqueuse d'amants » qui seront nombreux à tomber sous le charme, d'Arno Klarsfeld à Jean-Paul et Raphaël Enthoven dont elle aura un fils Aurélien, de Laurent Fabius à Mick Jagger et Eric Clapton... Aucun ne lui résistera, victime consentante d'une princesse pour qui l'amour n'est que passion, forcément fugace.
Jeune retraitée et férue de musique, classique ou rock, Carla Bruni commence, au début de l'an 2000, à écrire des petits poèmes qu'elle enverra anonymement à Julien Clerc qui les retiendra. Après tout, la chanson est le chemin le plus facile pour conquérir non pas la célébrité, mais le succès tout court. Soutenue par le chanteur, elle se jette à l'eau et écrit, paroles et musique, un premier album joliment mélancolique, « Quelqu'un m'a dit », produit par son ami d'enfance, l'ex Téléphone Louis Bertignac. Gros coup de coeur de la critique et du public. Résultat : deux millions d'exemplaires vendus, une Victoire de la musique et une entrée en fanfare dans un métier qui lui ouvre les bras, de Jean-Louis Murat à Lou Reed en passant par Alain Souchon et Zazie. L'an dernier, Carla Bruni récidive avec un deuxième album plus ambitieux, littéraire où les poètes anglo-saxons revivent sous les cordes d'une guitare sèche. Succès moindre mais la même envie de mettre en musique quelques mots choisis où il est question de spleen et d'amour.
2006, l'année du chagrin
2006, c'est aussi l'année du chagrin et de la douleur lorsqu'elle perd son frère Valerio, 45 ans, victime d'une longue maladie. Secrète blessure qu'elle porte toujours en elle et qui, d'un seul coup, a transformé la belle insouciante en femme plus grave. Celle-là même dont le coeur penche à gauche et qui va tomber amoureuse d'un homme de droite partisan de l'ouverture. Un président qui plaît beaucoup à sa mère, Marisa, grisée par les ors de l'Élysée, mais pas du tout à sa soeur, Valeria, la réalisatrice de « Il est plus facile d'être un chameau » et d'« Actrices » dont on devine que toute cette histoire n'est pas sa tasse de thé. Mais ne lui en déplaise, sa soeur aura fini par dire « oui ».