Guyane. L'essence trop chère fait monter la tension
Aéroport et port de commerce fermés, routes barrées, stations-service à sec : depuis une semaine, la Guyane est paralysée par un mouvement de protestation contre l'essence trop chère.
Depuis lundi, la circulation routière est devenue impossible sur les principaux axes routiers de Guyane en raison d'une multitude de barrages érigés sur les carrefours stratégiques. Jeudi soir, le président de la chambre de commerce et d'industrie de Guyane a annoncé sa décision de fermer le seul port de commerce de la Guyane et l'aéroport international de Rochambeau. L'action a été lancée par des associations de consommateurs et des transporteurs avec le soutien de la population.
Les contestataires réclament une baisse de 50 centimes du prix du litre de carburant, qui atteint aujourd'hui en Guyane 1,77 € pour l'essence sans plomb et 1,55 € pour le gazole.
Risques
de débordement la nuit
Depuis février 2007, pour des raisons de normes européennes, la Guyane a dû changer de fournisseur. Elle s'approvisionne désormais en Martinique, mais à un prix supérieur de 30 centimes environ.
Ce blocage entraîne une paralysie totale de l'activité économique de ce département d'outre-mer. Hormis les services de secours, la plupart des services publics ont été suspendus, tout comme la distribution du courrier. Décision à également été prise, hier, de reporter au 16 décembre le prochain tir d'Ariane 5 de Kourou, initialement prévu le 10 décembre.
Les épiceries chinoises prises d'assaut
« Le ton est de plus en vigoureux », témoignent Jean-Paul et Soizic, un couple de fonctionnaires Brestois en poste à Cayenne. En marge du mouvement, plusieurs affrontements ont eu lieu ces derniers jours entre jeunes et forces de l'ordre et des voitures ont été incendiées. « La population guyanaise déplore que les médias métropolitains ne parlent que de ces actes de violence et pas du fond du problème qui est le prix de l'essence. Sur les barrages, ça reste bon enfant. Les risques de débordement, c'est surtout la nuit. On évite de circuler dans les rues de Cayenne qui devient le soir une ville fantôme », témoigne Marie Ansquer, originaire de Morlaix (29), professeur d'anglais dans un collège.
Le ravitaillement commence à être un peu problématique et la population a commencé à faire des réserves. « En ville, les épiceries tenues par des Chinois sont prises d'assaut. Elles ouvrent une heure par ci par là, par peur de représailles. Avec le blocage du port, on va certainement avoir des problèmes d'approvisionnement, surtout en produits frais », souligne encore le couple de Brestois.
Baisse de 30 centimes
à partir de lundi
Hier, le directeur du centre hospitalier de Cayenne a demandé aux responsables des barrages routiers de laisser passer les dockers pour décharger les conteneurs de médicaments à bord d'un navire.
Le préfet a annoncé, jeudi, une baisse de 10 centimes et a déclaré qu'il allait essayer de faire accepter l'idée d'une baisse plus significative aux pétroliers.
Ce qui a, finalement, été accepté, hier soir, au terme d'une négociation avec le secrétaire d'Etat à l'outre-mer. Yves Jégo « a obtenu, après négociations avec les compagnies pétrolières concernées, qu'elles acceptent une baisse de 30 centimes au litre de carburant de l'essence, comme du gazole », a fait savoir le ministère. Cette baisse prendra effet à compter de lundi.