Française des Jeux. L'État mise sur une privatisation
Le gouvernement envisage sérieusement de privatiser - partiellement - la Française des Jeux, en 2009. Une information qui pourrait être confirmée dans les semaines.L'idée n'est pas de privatiser le Loto ou Euromillions : comme dans la plupart des grands pays développés, les jeux de loterie restent un monopole d'Etat. Mais puisque Bruxelles impose à la France de légaliser le développement des jeux sur internet, Bercy en profiterait pour ouvrir le capital de la Française des Jeux (FDJ). Dans quelle proportion ? Une source gouvernementale parle d'environ 20 % du capital, ce qui permettrait à l'Etat, qui possède environ 72 %, de rester actionnaire majoritaire avec 51 %. Quelle est la motivation d'une telle opération ?
Gage de bonne volonté
En fait, la France est régulièrement critiquée par Bruxelles qui l'accuse d'entraver l'exercice de la concurrence. D'ailleurs, le PMU et la Française des Jeux sont régulièrement dans le collimateur de la Commission, et le gouvernement veut donc donner des gages de bonne volonté à l'Europe au moment où Nicolas Sarkozy devient président en exercice de l'union pour les six prochains mois. D'une pierre deux coups : la cession d'une partie du capital de la FDJ permettrait à Bercy de récupérer quelques centaines de millions dans les caisses de l'Etat.
La Française des jeux réalise un chiffre d'affaires annuel d'environ 9 milliards d'euros. Elle a plus de 25 millions de joueurs : Loto, Euromillions, Kéno, Rapido, etc. Mais son activité jeux en ligne est très faible : moins de 1 %, alors qu'il s'agit d'un marché très prometteur.
Garder une mainmise
sur les jeux d'argent
Avec le cadre légal qu'il est en train de peaufiner, le gouvernement a bien l'intention de conserver la haute main sur l'industrie des jeux d'argent. C'est une volonté politique d'autant plus assumée que, lorsqu'elle n'est pas strictement encadrée et contrôlée, cette activité peut s'avérer doublement sensible : elle peut générer des pratiques de blanchiment, dans certains cas, à partir de plateformes exotiques qu'il est impossible de contrôler ; elle peut aussi provoquer des phénomènes d'addiction chez les joueurs, notamment dans les couches les plus fragiles de la population. Des associations veillent au grain.
La privatisation de la Française des Jeux ne remettrait donc pas en cause la volonté de l'Etat de maîtriser une pratique de jeu responsable. Et, surtout, ne le priverait évidemment pas des 2,5 milliards de recettes versées au budget chaque année. A partir de là, il faut probablement exclure toute opération boursière. L'hypothèse la plus vraisemblable, c'est une vente des actions de FDJ à des investisseurs qui vont des groupes de médias jusqu'aux opérateurs télécoms, pourquoi pas.