Fin de vie. Le père de la loi ne change rien
Le rapport Leonetti sur la fin de vie écarte toute
légalisation de l'euthanasie et propose de poursuivre le
développement des soins palliatifs.C'était un rapport très attendu sur la fin de vie. Rédigé par une mission composée de quatre députés issus de tous les groupes de l'Assemblée, il a été commandé en mars dernier par le Premier ministre, après l'émotion suscitée par l'affaire Chantal Sébire. Cette femme de 52 ans, défigurée par une tumeur, avait demandé l'aide d'un médecin pour mourir, et elle s'était suicidée.
La mission, présidée par le député UMP Jean Leonetti, déjà auteur de la loi du 22 avril 2005 sur la fin de vie, a donc travaillé avec Gaëtan Gorce (PS), Olivier Jardé (Nouveau Centre) et Michel Vaxès (PCF), procédé à 74 auditions et effectué quatre déplacements dans des pays européens (Pays-Bas, Royaume-Uni, Belgique et Suisse).
Sans surprise, ce rapport refuse de « reconnaître un droit à la mort », que seraient une dépénalisation ou exception d'euthanasie, ou un suicide assisté. Le débat sur la fin de vie « ne saurait se réduire à une réponse simple à une question simple », peut-on lire dans le document.
Un congé de 15 jours
Jean Leonetti conclut que la loi de 2005 reste adaptée, mais « méconnue et mal appliquée ». Sans légaliser l'euthanasie, ce texte rend possible le « laisser mourir » en autorisant un patient à refuser toute « obstination déraisonnable » quand il n'y a plus d'espoir. Il autorise les médecins à administrer de puissants médicaments antidouleur, même s'ils ont pour effet secondaire d'abréger la vie du patient.
Le rapport Leonetti propose néanmoins des aménagements visant à améliorer la fin de vie. Il suggère ainsi de mettre à l'étude un congé de 15 jours pour les personnes qui accompagnent à domicile un proche en fin de vie, et de poursuivre le développement des soins palliatifs.
« On s'est bien moqué
de nous »
Reste que ces propositions ont été jugées insuffisantes par Gaëtan Gorce, lui-même, membre de la mission parlementaire, qui a défendu le principe d'une « exception » pour des cas comme celui de Chantal Sébire.
L e député PS Manuel Valls a , quant à lui, annoncé la présentation, aujourd'hui , au groupe socialiste de l ' Assemblée, d ' une proposition de loi « visant à encadrer l ' aide active à mourir ».
Le rapport Leonetti a aussi déçu les partisans de la légalisation de l'euthanasie. « On s'est bien moqué de nous », a ainsi déclaré le président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Jean-Luc Romero. L'association Faut qu'on s'active ! et Marie Humbert ont dénoncé le « tour de passe-passe de la mission Leonetti, à la fois juge et partie ». L'Alliance pour les Droits de la Vie s'est, elle, réjouie du « non explicite exprimé sur le mot euthanasie ».