Drame de Grenoble. « Que cela ne soit plus possible »
D eux semaines après le drame, les proches de Luc Meunier, ce jeune étudiant tué à Grenoble, sont sortis de leur silen ce . Sans haine, ils expliquent simplement vouloir « comprendre ».Jusque-là restés très discrets, les proches de Luc Meunier, étudiant de 26 ans tué il y a deux semaines en pleine rue à Grenoble, sont sortis, mercredi, de leur silence.
Son p ère, Jean-Pierre, son épouse Marie-Odile, leur fille aînée Sylvaine et la compagne de Luc, Maria, accompagnés de leur avocat, M e Hervé Gerbi, ont annoncé qu ' ils déposaient plainte contre X afin de déterminer toutes les responsabilités ayant « rendu possible » ce meurtre.
« Notre première réaction a été l ' abattement. Face aux premiers éléments de l ' enquête, c ' est plutôt l ' effarement » , a commenté Jean-Pierre Meunier, ingénieur de 64 ans, qui réside avec sa famille dans les Alpes - de - Haute-Provence.
« Il y a une telle succession de récidives, de rapports extrêmement alarmants » , a souligné le père de la victime, se disant « complètement désarçonné » par les défauts de surveillance du meurtri e r présumé de son fils, un homme de 56 ans souffrant de schizophrénie, échappé de l ' hôpital psychiatrique de Saint-Egrève (Isère).
« La vengeance
n'a aucun sens »
Avant de poignarder Luc Meunier, son meurtrier présumé, hospitalisé en psychiatrie depuis les années 80, a commis « sept ou huit agressions » à l ' arme blanche, selon M e Gerbi.
« Je ne dirais pas que je n ' en veux pas à ce meurtrier , mais il nous a fait tellement de mal que la vengeance n ' a aucun sens, on n ' est pas du tout là-dedans . Mais cette situation, il ne faut pas que ça recommence » , a lancé Jean-Pierre Meunier. « Toute l ' action qu ' on entame c ' est pour essayer que cela ne soit plus possible » , a-t-il poursuivi, s ' estimant toutefois sans « trop d ' illusions » .
De son côté, la mère de Luc Meunier, Marie-Odile, éducatrice spécialisée de 62 ans, a souligné son « besoin de comprendre » et dit avoir « pensé » aux parents du meurtrier de son fils, des infirmiers en psychiatrie : « Ça doit être difficile pour eux aussi » .
Pour Jean-Pierre Meunier, la société vit sur une « espèce d ' illusion » , « d ' utopie » en « croyant » pouvoir guérir « les grands criminels responsables ou irresponsables » .
Eviter de « légiférer
dans l'urgence »
« Il y a des gens qui sont dangereux, qui le seront toujours et qui sont malheureusement irrécupérables. Qu ' on les traite dignement, OK , mais je pense qu ' il ne faut pas rêver, il faut les garder à l ' abri de la société » , a-t-il estimé. « Légiférer dans l ' urgence » sur des « problèmes graves ne me paraît pas adéquat » .
« Si un article de loi sort à la va-vite, qu ' il n ' est pas adapté, on aura loupé notre coup. On est frappé, a-t-il conclu, par un drame qui concerne tout le monde » .