Chekeba Hachemi. La voix des femmes afghanes
Chekeba Hachemi, diplomate afghane de 34 ans en poste à Paris, est la fondatrice et présidente d'Afghanistan Libre, qui, depuis 1996, aide les femmes et les jeunes filles afghanes.
Chekeba Hachemi, ce sont d'abord des yeux noirs et rieurs, une voix ensoleillée, un humour décapant qui vous cueille. L'émotion et l'admiration viennent ensuite, quand cette jeune femme diplômée d'une école de commerce parisienne vous raconte son parcours dans un français parfait.
Elle est née à Kaboul, cadette d'une famille de 12 enfants. « Mon père haut fonctionnaire et ma mère au foyer avaient un seul modèle : la France ». A 10 ans, elle est la dernière de sa fratrie à quitter un pays envahi par les Soviétiques. « Je suis partie en douce avec ma mère, mais nous avons été séparées en route. Le calvaire a commencé pour moi. » Trois semaines à errer avec un passeur dans un pays dévasté par la guerre, villages en ruines, corps calcinés, bombardements... Un apprentissage au scalpel qui va orienter sa vie future : « Ça m'a donné la rage. »
Au côté de Massoud
Chekeba retrouve sa mère au Pakistan et fuit avec elle à Paris où l'attendent ses frères aînés. Après ses études, elle entre dans un grand groupe papetier comme directrice du marketing. Et crée Afghanistan Libre avec trois amies, un peu avant l'entrée des talibans dans Kaboul, en septembre 1996. « J'aidais comme je pouvais, mais j'étais une Afghane et je ne connaissais pas mon pays. Je suis partie au Tajikistan contre l'avis de ma famille. De là, j'ai rejoint le commandant Massoud dans la vallée du Panshir ». Elle a écrit un livre sur l'épouse de Massoud.
On est alors à l'été 1999, quand les talibans attaquent les villages alentour. Elle voit des milliers de familles déplacées, des femmes qui la supplient de témoigner en France. Massoud aura la phrase décisive : « Il y a de nombreuses ONG européennes ici mais personne de la diaspora afghane. Si tu élabores ici des projets pour les femmes, je te soutiendrai. »
De retour à Paris, elle s'implique totalement dans l'association. Naviguant entre Paris et la vallée du Panshir, elle met en place des structures d'éducation et de soins et s'active dans la dénonciation du régime des talibans.
Après leur chute, en 2001, elle devient ambassadrice auprès de l'Union européenne à Bruxelles, retourne à Kaboul en 2005 où elle est conseillère économique, puis revient à Paris en 2007.
Une association
et un journal
Parallèlement, son association aide à la construction d'écoles, de dispensaires, d'orphelinats, dans un pays où l'espérance de vie pour les femmes est de 42 ans.
Elle lance aussi Roz, le premier journal féminin afghan, avec l'aide de la Fondation ELLE. « On y parle de mode, de beauté, mais on aborde aussi avec des théologiens des sujets comme le divorce ou le mariage. »
Infatigable, elle aimerait dans un avenir proche, reprendre des études de développement et se consacrer à plein-temps à Afghanistan Libre.