Berger de Castellar. Un assassinat sans coupable
Le mystère restera donc entier. La Cour d ' assises d ' appel des mineurs des Bouches-du-
Rhône, en acquittant hier Alain et Jérôme Verrando, n ' a pas permis de résoudre l ' énigme de l ' assassinat du berger de Castellar.
Après deux heures de délibéré, Alain et Jérôme Verrando , âgés respectivement de 59 et 34 ans et déjà acquittés séparément en 2002 et 2007, sont donc ressortis libres , hier, de la cour d ' assises où ils étaient jugés depuis le 12 novembre.
L ' avocat général Roland Mahy avait pourtant requis , la veille, 2 0 ans de réclusion criminelle contre Alain Verrando . Il avait, en revanche, demand é l'acquittement de son neveu Jérôme Verrando. Mais la cour a écarté les deux culpabilités.
« On va continuer
à se battre »
A l ' annonce du verdict, des membres de la famille de Pierre Leschiera, tué de deux décharges de chevrotine dans le dos et la tête à l ' aube du 17 août 1991 sur une piste du village de Castellar (Alpes-Maritimes), ont fondu en larmes.
« Mais c ' est pas possible » , a lâché la fille du berger, Laure, qui avait cinq ans au moment des faits. « On va continuer à se battre » , a dit une autre membre de la famille Leschiera en enlaçant la mère de la victime.
Un « fiasco judiciaire »
« Je suis innocent, je le savais, j ' en veux seulement à ceux qui ont voulu faire croire le contraire » , a déclaré de son côté Jérôme Verrando. Son oncle , Alain , a remercié ses avocats et affirmé qu ' il continuerait à vivre à Castellar , comme il le fait depuis 17 ans. « Paule (Leschiera, la mère du berger) a perdu son enfant, j ' ai de la peine pour elle » , a-t-il dit.
Selon la défense, ce verdict parachève un « fiasco » judiciaire où l ' on a proposé aux jurés de jouer au « bonneteau » entre deux accusés, jugés séparément en première instance et réunis en appel.
Pendant les huit jours de procès, l ' émotion et la tension étaient allées crescendo à mesure que défilaient des témoins rarement neutres, issus pour la plupart d ' un village divisé en deux camps depuis 17 ans . Il y avait d'un côté les proches du berger et de l'autre ceux de ses assassins présumés. Quand leurs souvenirs n ' étaient pas trop vagues, avec l ' excuse de l ' ancienneté des faits, les témoins ont souvent dit « tout et son contraire » , comme l ' a regretté le président de la cour Jean-Pierre Deschamps.
Dès lors, malgré le climat de haine indubitable qui régnait entre le berger et les Verrando, l ' absence de preuves et le constat général des insuffisances d ' une enquête ont ouvert la voie à l ' acquittement.
Après le verdict, M e Gilbert Collard, un des avocats de la famille Leschiera a dénoncé « un Outreau des victimes » .