Urgences. Au bord de l'épuisement
L'association des médecins urgentistes de France appelle à une grève dure à partir d'aujourd'hui. En Bretagne, pour le moment, seuls quelques services d'urgence semblent suivre le mouvement. Ce qui ne veut pas dire que leur situation est idyllique. Reportage à Lorient.
Ce matin, les dix-sept praticiens hospitaliers des urgences lorientaises ne devraient pas être grévistes. Un choix assumé par le Dr Sabine Texier, la responsable du service mais aussi l'une des représentantes en Bretagne de l'Amuf (*), le syndicat appelant pourtant à cette grève. « Le mot d'ordre de grève concerne, entre autres, le nombre d'heures que nous travaillons. Je ne vais pas dire que tout est rose ici, mais notre direction a compris qu'un service d'urgence qui tourne bien est nécessaire pour bien faire fonctionner un hôpital. Nous avons déjà planché sur cette épineuse question du nombre d'heures de travail il y a trois ans ».
Le choix des 45 heures
à Lorient
Une réflexion qui a débouché sur un accord de 45 heures de travail par semaine, annualisées et intégrant le temps hors soins. « On arrive à s'y tenir à dix ou douze heures près. Cela aurait été indécent pour nous de faire cette grève ».
Un choix local qui ne l'empêche pas de soutenir le mouvement national. D'ailleurs, son service devrait afficher dès ce matin un message d'information sur l'appel à la grève dans sa salle d'attente. « Par solidarité avec nos collègues. Car on sait que dans certains établissements, là où il y a parfois des difficultés à recruter, des praticiens travaillent 50 ou 60 heures par semaine. Et ici aussi, même si nous avons maintenu un équilibre précaire, c'est un équilibre fragile parce que nous nous attendons à une réorganisation avec les urgences de Quimperlé (29).
Fatigue
professionnelle...
Les équipes vieillissent aussi et certains se demandent s'ils vont rester encore longtemps aux urgences et même à Lorient, nous avons parfois des postes qui ne trouvent pas immédiatement preneurs. Nous sommes tous dans le même bateau de pénibilité », explique la responsable urgentiste dont les yeux cernés confirment le chiffre affiché il y a quelques jours par Patrick Pelloux, le président de l'Amuf. « 75 % des urgentistes sont en burn-out ». En épuisement professionnel.
Dans les couloirs, les brancards passent et repassent. Les pompiers vont et viennent. Pourtant, c'est une matinée « assez calme ». « Ça commence à s'intensifier », explique la secrétaire médicale. « Il y a toujours un pic entre 12 h et 14 h, puis ça se calme à nouveau et ça reprend à partir de 18 h ». Deux fois en novembre, le service a connu des saturations avec un afflux de patients qui a nécessité de déclencher un mini-plan blanc car les autres services, en aval, étaient aussi saturés. Nous avions 25 à 30 personnes hospitalisées ici ». Dans les couloirs, des feuilles collées sur les murs l'attestent encore. « C IV », « CIII ». « Ce sont des repères pour trouver les patients quand ils sont sur des brancards dans le couloir ». Des urgences parfois saturées dans leur espace et des urgentistes saturés physiquement. « Chez les cadres supérieurs, nous sommes la profession qui a l'espérance de vie la plus courte ».
... et psychologique
Épuisés psychologiquement aussi. « Les urgences sont le lieu où se cristallisent tous les problèmes de la société. Nous sommes en première ligne. Moralement, c'est compliqué d'être en permanence confronté à la douleur humaine, aux drames, aux morts violentes. C'est toujours dur d'annoncer à des parents que leur fils vient de mourir dans un accident ».
Pour la responsable du service, il ne faut « surtout pas perdre le sens de ce que l'on fait. Nous avons toujours plus de patients, une médecine qui se complexifie, des logiques financières qui s'imposent de plus en plus, des hôpitaux de proximité à l'avenir incertain. Nous devons nous recentrer sur notre métier : l'urgence ». Elle en fait son principal chantier pour 2009, afin que les patients qui en ont vraiment besoin « n'aient aucune perte de chance ». Car les urgences restent « le seul service où l'on ne peut jamais fermer la porte. Où l'on doit toujours dire oui ».
* Association des médecins urgentistes de France.