Russie. Medvedev bombe le torse
En reconnaissant officiellement l'indépendance de deux républiques de Géorgie, l'Ossétie du sud et l'Abkhazie, la Russie jette de l'huile sur le feu dans ses relations déjà tendues avec les Occidentaux. Provocant, le président Medvedev a déclaré ne pas craindre « une guerre froide ».Les raisons de la tension.
le président russe Dmitri Medvedev estime que son homologue géorgien a « fait une croix sur tous les espoirs de cohabitation pacifique des Ossètes, Abkhazes et Géorgiens dans un même état ». C'est pourquoi, dans une déclaration solennelle télévisée d'une extrême fermeté, il a indiqué avoir officiellement « signé les décrets sur la reconnaissance par la Russie de l ' indépendance de l ' Ossétie du Sud et de l ' Abkhazie. »
La décision de Moscou intervient quelques semaines après l'acceptation, par la Pologne, de laisser les Américains installer sur son sol un bouclier antimissile qui sera couplé avec un puissant radar installé, lui, en République tchèque, donc aux portes de la Russie.
Les propos de Medvedev surviennent également six mois après la déclaration d ' indépendance du Kosovo, qui avait été aussitôt reconnue par les Occidentaux, au grand dam de Moscou , et moins de 20 jours après l ' offensive manquée des Géorgiens en Ossétie du Sud.
Moscou passe aux actes. Autre signe de tensions de plus en plus exacerbées, la Russie a annoncé hier la suspension de sa coopération avec l ' Otan dans une série de domaines tandis qu ' une visite du secrétaire général de l ' Alliance en Russie prévue en octobre étai t reportée. Elle a en revanche maintenu sa coopération avec l ' Alliance atlantique concernant le transit de vivres et d ' équipements à travers le territoire russe vers l ' Afghanistan.
Ces déclarations s e produisent au moment même où forces armées américaines et russes pourraient se retrouver en présence en Géorgie pour la première fois depuis le début du conflit. Les États-Unis ont en effet indiqué hier matin qu ' un de leurs destroyers était attendu aujourd'hui dans le port géorgien de Poti, avant de revenir sur leurs déclarations. La destination d e ce bateau demeure donc pour l ' instant inconnue.
Les Russes se disent néanmoins inqui ets du « niveau d ' activité extrême » des forces navales de l ' Otan en mer Noire. Jusqu ' à 18 bateaux des pays de l ' Otan sont attendus dans la région, a affirmé le chef-adjoint d ' état major de l ' armée russe, Anatoli Nogovitsyne, ajoutant que dix d ' entre eux étaient déjà sur place. Le général a indiqué que plusieurs bateaux russes étaient également en rade aux abords de la capitale d ' Abhkazie. Le croiseur Moskva, vaisseau amiral de la flotte russe de la mer Noire , devrait à nouveau croiser au large des côtes géorgiennes.
L'Occident hausse le ton. En Occident, les réactions ne se sont pas fait attendre . Les États-Unis ont naturellement jugé « inacceptable » la déclaration russe. Tout comme l e gouvernement britannique qui la rejette « catégoriquement ». L a France, qui a actuellement la présidence de l ' Union européenne l ' a d'abord qualifiée de « décision regrettable » avant de la condamner « fermement » .
L'ex-numéro un soviétique Mikhaïl Gorbatchev a aussi fait entendre sa voix hier. Il a mis en garde contre « une nouvelle scission » et un nouveau « cataclysme » dans le monde.
Enfin, le premier concerné, le gouvernement géorgien , a rétorqué que la reconnaissance de l'indépendance de deux de ses républiques par Moscou n ' avait « aucune valeur légale » et qu ' elle aurait de « l ourdes conséquences politiques » pour la Russie.