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Profanations. Amandine et Ronan s'expliquent
Cimetières et lieux de culte profanés, crânes humains exhumés... Le macabre périple breton d'un jeune couple, début 2006, sera jugé demain par le tribunal correctionnel de Lorient. Les deux prévenus, Amandine et Ronan, ont accepté de répondre à nos questions. Dans quel contexte les faits pour lesquels vous êtes poursuivis, et que vous avez reconnus, sont-ils intervenus ? Nous allions vers la mort. Nous avions accumulé beaucoup de souffrances. Nous étions dans une logique de destruction et d'autodestruction. La société et les gens nous dégoûtaient. Leur hypocrisie, leur faiblesse d'esprit. Les gens sont incapables de penser par eux-mêmes. On leur dit ceci est bien, ça c'est mal, et ils ne réfléchissent pas. Un exemple : on parle beaucoup du Tibet. Qui sait seulement ce qu'est le bouddhisme ? (...) Nous détestions les gens, mais nous n'avons pas fait mieux qu'eux. Nous aussi, nous n'avons pas été droits. On a été égoïstes. Nous ne pensions qu'à notre souffrance. C'était nul. C'était une révolte, un mal de vivre ? Plus que ça. Nous n'étions pas dans l'opposition. On ne cherchait pas à faire réagir, à faire parler de nous ou à faire changer les choses. Nous étions dans notre logique de destruction. Nous nous en sommes pris à des symboles religieux parce que nous voulions nous attaquer aux fondements de la société. La religion symbolisait pour nous la fausseté, la croyance aveugle. Il est plus facile et confortable de croire que de chercher à savoir. Dans cette société, nous n'avions pas notre place. Êtes-vous satanistes, néonazis ? Non ! Nous n'avons jamais eu la moindre croyance. On cherche à nous mettre dans des cases, parce que c'est rassurant pour les gens. Oui, nous avons utilisé des symboles précis, qui ont un sens précis. C'est très personnel, et si nous vous en révélions la signification, cela serait mal interprété. Pour tout le monde, le satanisme, c'est le mal. Il n'y a pas que cela. Pour les croix gammées, nous les avons utilisées parce qu'il n'y avait pas de signe plus fort pour exprimer notre dégoût de l'homme. Nous n'avons pas fait ça par effet de mode, comme beaucoup de profanateurs le font, sans savoir le sens précis des signes qu'ils utilisent. Nous ne sommes pas des cas sociaux ou des marginaux. Nous ne sommes ni des déchets de la société, ni des incultes. Nous ne nous sommes jamais laissé aller. Il y a tout de même des éléments troublants : des contacts qui mènent aux milieux satanistes et néonazis, des mises en scène qui ressemblent à des rituels... Amandine. Il n'y a jamais eu de réseau. Tout ça, c'est du fantasme. Nous fuyions les groupes. On ne supportait pas les mouvements, où la notion d'individu n'existe pas. Les contacts qui ont été trouvés, je les ai eus par hasard. Je m'intéressais à la musique black metal et ces gens étaient les seuls musiciens du coin où j'habitais. Je ne les ai jamais fréquentés. Tout de même, en utilisant ces signes, vous faisiez référence à ces mouvements ? Cela a bien eu une influence sur vous ? Nous ne sommes pas influençables. Nous ne nous sommes jamais fait dicter ce que nous devions faire. Nous avons toujours pensé par nous-mêmes. Ce n'est pas parce qu'on s'intéresse à quelque chose qu'on a des connaissances, qu'on adhère forcément à ce que l'on étudie. Et la musique black metal ? Amandine. Elle n'a rien à voir avec tout cela. Est-ce mal d'écouter du black metal ? C'est interdit ? Non. Il est simplement mal de faire des conneries. Et pour cela, nous allons payer (...) On ne retient de cette musique que l'aspect sombre, mal. C'est pourtant une musique très riche, et entière (...) C'est vrai que ce n'est pas pour les personnes fragiles, car elles peuvent mal interpréter ce qui est dit ou s'identifier à ce qui est dit. Cela n'a jamais été mon cas. Qu'est-ce qui a changé depuis les faits ? Cela fait bizarre de reparler de ça aujourd'hui. On a l'impression de parler d'autres personnes. Tout a changé. La prison a été une période extrêmement dure. Cela a aussi été une sonnette d'alarme. On a pris conscience du mal que nous avions causé. Notre libération a été une renaissance. On a un appétit de vivre que nous n'avions jamais connu. L'abcès a été crevé. Tout cela est derrière nous, loin de nous. On reconstruit. Le fait de rembourser, c'est déjà une manière de réparer. C'est très important pour nous. Il faut assumer et nous assumerons. Nous avons retrouvé du travail. Nous versons 100 € par mois, depuis 18 mois déjà.



La plupart des profanations et dégradations - ici la chapelle Saint-Guen, à Saint-Tugdual, ravagée par un incendie - ont été commises dans un périmètre de 20 km au-dessus de Quimperlé, entre Morbihan et Finistère. Sur les sites visés, des références à Satan, au nazisme et à la musique black metal. . Photo archives François Destoc
Sources
Le Télégramme
25/05/2008
Rubrique: Bretagne
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