Langue bretonne. État des lieux
Aujourd'hui se tient, à l'Assemblée nationale, un débat sur la place et l'avenir des langues régionales. Des langues dont la situation, faute de statut, reste précaire même si, et c'est le cas du breton, d'incontestables avancées ont été réalisées ces dernières années sur le terrain.
Dans sa campagne électorale, le président de la République avait proposé « de réfléchir aux propositions très concrètes que l'on pourrait retenir pour sécuriser, une fois pour toutes, la situation des langues régionales ».
Le débat d'aujourd'hui (sans vote) contribuera-t-il à tenir cette promesse ? Difficile à dire. « On n'a jamais eu un débat de ce genre », se félicite, en tout cas, le député costarmoricain Marc Le Fur, qui s'est beaucoup investi pour l'obtenir.
Ce débat est-il le premier pas vers une loi, c'est-à-dire une reconnaissance juridique des langues régionales ? « Je l'espère. À nous de donner les arguments pour démontrer qu'une loi est nécessaire », souligne le député.
260.000 locuteurs
Ce débat ne fera en tout cas pas l'économie d'un état des lieux. Que dire justement de la situation de la langue bretonne aujourd'hui ? Même s'ils ne reflètent pas toute la réalité, les chiffres constituent un point de repère incontournable. Le nombre de brittophones est aujourd'hui estimé à 260.000. Il y a deux manières d'analyser ce chiffre. Une manière pessimiste, parce qu'au regard des 600.000 locuteurs d'il y a 25 ans, c'est évidemment beaucoup moins. Et une manière optimiste parce que si on ajoute à ces 260.000, tous ceux qui comprennent la langue sans la parler - ils sont presque autant -, ça fait du monde.
Mais dresser un état des lieux de la langue bretonne exige de regarder le travail qui se fait sur le terrain. Un travail que conforte et encourage « un attachement grandissant des Bretons à la langue bretonne » (*). Le développement de l'enseignement bilingue en est l'illustration. Même si d'ici 2010, on ne comptera pas, comme espéré, 20.000 élèves en filière bilingue, ils devraient quand même être 14.000 à cet horizon. Pas mal si on compare aux 6.000 élèves que comptait, il y a seulement quatre ans, cette filière.
Dans le monde du travail
La preuve que le volontarisme politique peut produire des effets assez rapidement. « Le plan de politique linguistique régionale de 2004 a été une grande avancée », se réjouit-on à l'Office de la langue bretonne.
Peut-être tout aussi encourageant, voire plus, est la percée de la langue bretonne dans le monde de l'entreprise et du travail. « Il y a un marché du travail en langue bretonne qui est dynamique et qui se développe rapidement. On commence à retourner là où l'on n'était plus », souligne Erwan Le Coadic, responsable de l'agence de développement à l'Office. On estime aujourd'hui à plus d'un millier le nombre de personnes qui utilisent la langue bretonne dans leur travail.
Lionel Buannic, le créateur de Brezhoweb, confirme ce constat. Il pense même que l'on dépasse aujourd'hui largement cette estimation. « La langue bretonne n'est plus cantonnée dans l'enseignement. Il y a même des secteurs, comme les médias et la petite enfance, où il y a de gros besoins ».
La chance des nouvelles technologies
Le développement des nouvelles technologies de la communication sera-t-il la grande chance de la langue bretonne ? Lionel Buannic n'est pas loin de le penser. « Tout ce qui est nouvelles technologies et mondialisation sert la langue bretonne », observe-t-il en constatant que les Bretons se sont massivement lancés sur le net. « Sur Wikipédia, le breton est la première langue celtique, présente bien avant l'irlandais et le gallois ». Ce qui lui fait dire que « la langue bretonne continuera, officialisation ou pas ».
* Selon un sondage publié dans le rapport de l'Observatoire de la langue bretonne (www.ofis-bzh. org/fr/services/observatoire/index. php), 92 % de l'ensemble des Bretons pensent qu'il faut la conserver et 82 % la reconnaissent comme leur langue régionale.