Etats-Unis. 60 jours pour convaincre
Les deux conventions derrière eux, les partisans de John McCain et de Barack Obama vont s'affronter pendant un peu moins de 60 jours. Nouveauté de cette élection : le retour de l'affrontement droite-gauche.
De notre correspondant aux Etats-Unis. Dans la foule des délégués républicains qui reprenaient place dans leurs bus jeudi soir à Minneapolis, ils étaient nombreux ceux à arborer ostensiblement leur sentiment « anti-Obama ». « No Bama », pouvait-on lire sur tel T-shirt ou « Nous allons battre Obama et Osama (Oussama Ben Laden en anglais) » sur les badges de la délégation de Louisiane. Il faut dire que mercredi soir Mitt Romney et Rudy Giuliani, les anciens rivaux de John McCain, semblaient s'en donner à coeur joie.
On s'écarte du centre
Evoquant le « cosmopolitisme » d'Obama, ses leçons « apprises en Europe », ou le fait que son colistier, Joe Biden, aurait reçu moins de voix aux primaires démocrates dans toute l'Amérique que Sarah Palin dans sa seule petite ville de Wasilla, en Alaska, tous ont ouvert le feu à volonté.
Comme l'explique le stratège démocrate Bob Beckel, « le parti de Carter et Clinton est en train de devenir de plus en plus bleu (la couleur des démocrates) et le parti républicain de plus en plus rouge (la couleur des conservateurs), ce qui n'est pas bon pour le pays ».
Et même si Obama et McCain, chacun dans leurs discours de Denver et de Minneapolis, en ont appelé au rassemblement des bonnes volontés, au sens de l'Etat et du bien public, la plupart des commentateurs estiment que la bataille risque moins de se jouer au centre qu'on ne le croyait au printemps dernier.
Obama doit mobiliser
Dans le camp Obama, maintenant que le Parti est unifié, la stratégie consiste à regagner des secteurs jusqu'à présent démobilisés ou dégoûtés de la politique.
Selon le politologue Charlie Cook, il suffirait qu'Obama rallie 40 % de plus de jeunes, 30 % de plus d'hispaniques et 20 % de plus de noirs pour gagner triomphalement l'élection présidentielle. Ce travail de mobilisation qui a été initié dès l'an dernier et lui a permis de vaincre Hillary Clinton, pourrait porter ses fruits. A condition que l'appel à voter contre le maintien des conservateurs au pouvoir ne démobilise pas les électeurs indépendants qui voient en lui un centriste moderne.
Les femmes à la rescousse
Chez les républicains, les choses sont plus rustiques. Selon Ben Ginsberg, l'un des architectes des deux victoires de Bush en 2000 et 2004, « McCain a des valeurs totalement compatibles avec celles des républicains et sa volonté de réformer transcende le parti ». Sauf qu'il s'est rendu compte qu'il lui était impossible de gagner sans l'appui de la droite religieuse. D'où le choix de Sarah Palin pour la vice-présidence qui (grâce à ses prises de position contre l'avortement, pour les armes à feu et le créationnisme enseigné à l'école) a fait un tabac auprès des électeurs évangéliques.
Si c'est une femme qui booste donc le camp républicain, ripostons donc avec féminité ont dû se dire les conseillers d'Obama. Dès lundi, en Floride, Hillary Clinton fera campagne à ses côtés. Dans la foulée, deux femmes gouverneures, Janet Napolitano (Arizona, le fief de McCain) et Kathleen Sebelius (Kansas, autrement dit un peu de cette Amérique profonde d'où sort Sarah Palin) seront en première ligne pour contrebalancer l'enthousiasme généré par Sarah Palin, mais surtout pour mettre en avant les promesses économiques d'Obama, persuadé que la bataille se jouera le 4 novembre autour des réponses à donner à la récession qui secoue les Etats-Unis.