Birmanie. Un dénuement effroyable
Un journaliste de l'AFP est parvenu à sillonner une partie de l'immense zone sinistrée par le cyclone Nargis en Birmanie. Ce qu'il a vu confirme les craintes : la population tente de survivre dans des conditions extrêmes au milieu des cadavres. Et l'aide de la junte semble inexistante.
Sur la route entre Rangoun et le delta de l ' Irrawaddy, une région de Birmanie dévastée par le cyclone Nargis, des milliers de personnes désespérées attendent devant les maisons en ruines l ' aide du gouvernement , raconte un journaliste de l'Agence France Presse qui a réussi à se rendre sur place.
Mais l ' assistance n ' arrive ni à Dedaye, localité du sud-est du delta, ni nulle part ailleurs le long de ce chemin de gravier qu ' a pu emprunter ce reporter.
Les survivants ont faim et soif. La peur se lit sur leurs visages tirés. De toute évidence, beaucoup n ' ont pas mangé depuis plusieurs jours.
Rien pour faire cuire
Des mères tiennent d ' un bras des enfants à qui elles donnent le sein, et tendent l ' autre pour mendier.
Quand ils ont la chance d ' avoir un peu de nourriture, les gens n ' ont de toute façon plus rien pour la faire cuire : tout a été emporté dans le cyclone.
Les routes ont été débarrassées de la plupart des débris. Mais des poteaux électriques barrent encore la chaussée.
De temps en temps, un convoi du gouvernement passe à toute allure, par groupe de six véhicules 4X4, sans même marquer un temps d ' arrêt.
En trois jours, le journaliste sur zone n ' a vu qu ' un seul des hélicoptères que la junte affirme utiliser pour livrer de l ' aide aux survivants. Au bord de la route, la population jure n ' avoir vu personne du gouvernement distribuer du matériel de secours.
Des soldats se servent
Hier , alors que de fortes pluies se sont abattues sur la région, la plupart des gens, sans-abri, ont dû s ' ass e oir sous des parapluies et attendre.
Certaines associations caritatives, surtout bouddhistes et musulmanes, apportent du riz, des nouilles, des biscuits, parfois des bonbons ou des bougies.
Mais quand ils ouvrent leurs camions pour les distribuer, des soldats s ' approchent et en prennent une partie. Pour leur propre consommation.
Des corps
en décomposition
Plus d ' une semaine après la catastrophe, de nombreux cadavres humains jonchent encore le sol. Il y en a des dizaines le long de la rivière Pyapon, dans le delta.
Flottant dans l ' eau, il y a même les corps d ' une famille de quatre, attachés les uns aux autres. Ils ont sans doute essayé de se protéger avant que le cyclone ne s ' abatte sur la région. Peut-être ont-ils été emportés par l ' eau : quand les vagues ont frappé, la population n ' avait nulle part où aller.
Les corps sont boursouflés, en état de décomposition, et noircissent. Les gens passent et les ignorent. Ils essaient de rester en vie.