Algues vertes. Le cri d'alarme
La mort de deux chiens à Hillion (22), des témoignages de victimes, des taux d'hydrogène sulfuré très élevés... Forts de ces éléments, des scientifiques l'affirment : les algues vertes en putréfaction peuvent représenter un danger mortel pour l'homme.
Elles polluent les plages de Bretagne depuis trente ans, leur odeur d'oeuf pourri importune les promeneurs mais, jusqu'ici, personne ne s'était vraiment inquiété de leur dangerosité.
Pourtant, depuis la mort de deux chiens, le 12 juillet dernier, sur la plage de la Granville à Hillion, ils sont de plus en plus nombreux à être persuadés que les algues vertes, lorsqu'elles sont en état de putréfaction, peuvent représenter un réel danger pour l'être humain.
Spécialiste au CNRS des polluants aériens et de leurs effets sur la santé, le docteur Claude Lesné a sérieusement commencé à s'intéresser au sujet il y a deux mois. Et aujourd'hui, sa conviction est faite : lorsque vous marchez sur la croûte blanche des amas d'algues en décomposition et que vous la percez, la quantité d'hydrogène sulfuré qui s'échappe alors peut être mortelle.
Œdème aigu du poumon
« L'histoire des deux chiens m'a alerté. Car les deux autopsies réalisées par deux organismes différents (l'école vétérinaire de Nantes et le laboratoire départemental de Vendée) confirment le décès par inhalation de gaz toxiques. Ces chiens sont morts d'un oedème aigu du poumon. Il n'y a aucune ambiguïté », affirme le Dr Lesné.
« À partir de cette histoire, nous sommes plusieurs professionnels de santé à nous faire la même réflexion : si cela arrive à deux gros chiens (13 kg et 25 kg), ça peut également arriver à des humains et, notamment, à des enfants. Surtout que les animaux réagissent habituellement plus tard et à des doses plus élevées ».
Seuil mortel
au bout de dix minutes
En 2000, un rapport de l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques), commandé par le ministère de l'Écologie, indiquait que le seuil létal était atteint au bout de dix minutes lorsque le taux d'hydrogène sulfuré dans l'air est mesuré à 688 ppm (partie par million). Et pour la même durée, le seuil d'effets irréversibles est, lui, fixé à 150 ppm.
Or, depuis moins de dix jours, le Ceva (Centre d'étude et de valorisation des algues) détient de nouvelles études sur le taux d'hydrogène sulfuré s'échappant des algues vertes en putréfaction. « Avec l'histoire des chiens, nous avons récemment été équipés de nouveaux détecteurs permettant de monter plus haut dans la mesure, jusqu'à 500 ppm », raconte Sylvain Ballu, ingénieur agronome au Ceva. « Lorsque j'ai placé ce capteur à 2 cm au-dessus d'un tas d'algues après avoir percé la croûte, l'appareil m'indiquait un taux supérieur à 500 ppm. Aujourd'hui, nous n'en avons pas la certitude, mais nous sommes certainement bien au-delà ».
Autrement dit à hauteur du seuil mortel au bout de dix minutes d'exposition.
D'autres gaz toxiques dans les algues
Reste qu'il paraît peu envisageable pour une personne sensée de rester dix longues minutes dans un endroit où règne une véritable puanteur. Seulement, le Dr Lesné développe trois arguments pour rappeler l'extrême dangerosité des tas d'algues en décomposition depuis plusieurs jours.
Premièrement, à de telles teneurs en hydrogène sulfuré, le seuil de perte de l'odorat arrive très rapidement. Deuxièmement, d'autres gaz soufrés toxiques s'échappent des tas d'algues, sans qu'on ne les connaisse actuellement. Et troisièmement, en cas d'efforts, et donc d'hyperventilation, la dose de toxiques inhalés est multipliée par 10. La dose létale est alors atteinte au bout de 60 secondes.
« C'est ce qui a dû se produire pour les chiens puisque, selon leur propriétaire, ils couraient sur la plage depuis vingt minutes », indique le chercheur. « C'est pour cela que j'estime qu'un jogger est en danger sur ces plages. Même chose pour des enfants en train de jouer. De plus, nous avons des témoignages de travailleurs des algues durement touchés (lire ci-dessous) ».
À ce jour, les algues vertes n'ont officiellement tué personne. Pour autant, les effets sur la santé humaine ne sont pas contestables selon le chercheur. « Nous savons, par exemple, que chez un asthmatique, la crise peut se déclencher à partir de 19 ppm. Il est grand temps que des mesures provisoires soient prises et, surtout, que l'on ferme le robinet à nitrates ».