Tourteau. Anglais et Irlandais noient le marché
Pour faire remonter les cours du tourteau, les gros caseyeurs finistériens ont décidé de diviser leur pêche par deux en août. Mais ce « sacrifice » franco-français sera-t-il suffisant face à une offre européenne pléthorique ?
Un caseyeur sur deux qui reste à quai en pleine saison : voila un phénomène peu habituel chez les pêcheurs finistériens de tourteaux. Depuis le début du mois d'août, en effet, la quinzaine de bateaux spécialisés dans ce crustacé et qui assure la moitié de la production française (3.500 tonnes sur 7.000) a pris la décision avec les mareyeurs de réduire la toile en supprimant une marée par bateau au mois d'août. Objectif : écouler les stocks qui se sont accumulés cet été et essayer de peser sur un marché mis à mal par la surproduction.
Contrairement à bien d'autres espèces, le tourteau est une ressource ni menacée ni soumise à des quotas. Au contraire, cette année encore, la pêche est excellente voire même plus fructueuse que l'an dernier. Face à cette abondance, la consommation a du mal à suivre même si le prix du tourteau est aujourd'hui au plus bas à l'étal. Bien qu'accesssible, ce produit est victime comme bien d'autres de la baisse du pouvoir d'achat.
Charges en hausse
« Au mois de juillet, on ne savait plus où mettre nos tourteaux, les bassins étaient pleins. Les mareyeurs nous ont demandé d'arrêter, sinon c'était l'effondrement assuré des cours », souligne Jean-Jacques Tanguy, président du comité local des pêches du Nord-Finistère.
Les pêcheurs espèrent que cette auto-régulation portera ses fruits d'autant qu'ils doivent faire face à l'augmentation de leurs charges (carburant, prix des appâts etc). Mais la difficulté, c'est que le problème est européen. Et de pointer du doigt les concurrents irlandais et britanniques qui ont fortement développé cette production ces dernières années, exploitant des nouvelles zones de pêche avec des bateaux performants. De plus, ils emploient moins d'hommes à bord par rapport aux équipages bretons, embarquent davantage de casiers et pêchent plus de jours dans l'année.
Cette meilleure rentabilité en fait des concurrents redoutables sur les marchés à l'export, en Espagne ou en Italie, mais aussi sur le marché français, tirant les prix vers le bas. Les producteurs craignent qu'il descende sous la barre des deux euros le kilo.
Offre pléthorique
« L'offre a augmenté de manière inconsidérée. Si tout le monde avait adopté les techniques de pêche des Bretons, avec le souci d'une gestion de la ressource, on n'en serait pas là aujourd'hui », déplore Jacques Person, directeur de la société roscovite de mareyage Béganton, l'un des principaux opérateurs français sur le marché du tourteau.