Intelligence économique. « Pour les PME, aussi »
Haut responsable à l'intelligence économique, Alain Juillet l'a confirmé à Morlaix la semaine passée : l'avenir de l'industrie dépend de la capacité des PME à garder les yeux ouverts sur la mondialisation.Que signifie exactement cette alliance de l'économie et de l'intelligence, que vous préconisez ?
L'intelligence économique, c'est très précisément « la maîtrise et la protection d'informations stratégiques utiles pour tous les décideurs ». Dans le cas des entreprises, cela siginifie utiliser tous les moyens légaux d'information pour comprendre ce qui se passe ailleurs et pour rester compétitif. Cela veut dire innover, en sachant protéger ses innovations. La France s'y est mise activement depuis 2002, beaucoup plus tard que les Etats-Unis ou les pays anglo-saxons, par exemple. En matière de protection de l'information, les Français sont d'une naïveté, disons-le, confondante ! Le gouvernement mise aujourd'hui sur cette « intelligence économique » pour préserver notre tissu industriel. L'enjeu concerne plutôt les petites et moyennes entreprises que les multinationales, aguerries au procédé.
Les PME ont les moyens, selon-vous, de s'engager dans cette « guerre de la connaissance ? »
Absolument. On entre dans un monde concurrentiel comme nous n'en avons jamais connu. Au lieu d'en avoir peur, il faut ouvrir l'oeil, se montrer curieux et apprendre à détecter ces opportunités formidables, là où elles se trouvent. Bien sûr, il y a des techniques à acquérir. Un partenariat comme celui initié à Morlaix va dans ce sens.
Avez-vous des exemples concrets de réussites liées à cette intelligence économique ?
Le succès d'Ikéa dans le monde en est une parfaite illustration. L'ascension du morlaisien Jo Le Mer est également, sur le terrain local, un bon exemple puisque Giannoni-Sermeta livre ses échangeurs de chaudières dans le monde entier, sans s'être fait copier ! Je peux encore vous parler de ces deux viticulteurs, installés en GAEC dans le Bordelais, qui, au lieu de s'acharner à exporter leur production, ont trouvé une « niche » lucrative à l'autre bout du monde. Ils ont repris la fabrication du « sirop de vin », dont les vieux Chinois raffolent et qu'ils ne trouvent plus chez eux. Et que dire de l'inventeur des lunettes en titane, installé depuis dix ans environ en PME en région parisienne ? Pour ne pas être copié, il attaque systématiquement en justice tous ceux qui réutilisent le procédé. Cette veille systématique paye. Il est aujourd'hui le seul à exploiter son brevet dans le monde.