Royaume-Uni. L'effet Carla
La visite d'Etat de Nicolas Sarkozy au Royaume-Uni est entrée hier dans le vif du sujet avec les entretiens politiques. La presse britannique continue néanmoins à n'avoir d'yeux que pour l'épouse du président français.
De notre envoyé spécial à Londres. Elle l'aurait presque éclipsé de ce séjour anglais. The Independant a mis ses jambes à la une. D'autres quotidiens ont photographié ses sourires complices avec le Duc d'Édimbourg. Hier matin, le Premier ministre, Gordon Brown, bombant le torse, l'a accueillie, telle « Mary Poppins », au 10, Downing Street, avec son mari, un certain... Nicolas Sarkozy.
« Carlitta » a fait craquer les Britanniques, pas dupes néanmoins du numéro de séduction du président français.
Un peu plus tard, au stade du club Arsenal, financé par la compagnie aérienne Emirates, où l'entraîneur et de nombreux joueurs sont Français, Nicolas Sarkozy rendra un vibrant hommage à sa femme au terme de la conférence de presse commune avec Gordon Brown. Expliquant que Carla Bruni, stressée, s'était préparée à un exercice pour lequel, contrairement à d'autres, elle n'avait guère d'expérience. Puis faisant un parallèle implicite, mais audacieux, entre sa beauté intérieure et les apparences (charnelles) crûment exposées la veille dans la presse.
L'exhibitionnisme
mis en scène
Hommage certes charmant d'un époux attentionné mais surtout très fier de son trophée, au risque d'en faire un peu trop en répondant longuement à la question d'un journaliste sur le sujet. Comme si l'exhibitionnisme mis en scène par les médias ne lui déplaisait pas.
En lavant l'outrage de son divorce et en affichant fièrement tant son bonheur retrouvé que la plastique irréprochable de la Première dame, capable d'endosser tous les rôles, le président semble accompagner sans déplaisir une peoplelisation qui marque son règne et son époque.
Un numéro
de « rentre-dedans »
Certes, il aura abordé avec Gordon Brown tous les sujets qui fâchent, au point d'irriter les Allemands avec cet axe Paris-Londres qui s'esquisse, à l'approche de la présidence européenne de la France. Mais Gerhard Schröder lui-même n'avait-il pas, en vain, tenté la même chose ? En affirmant rejoindre la conception britannique d'une Europe globale, ou « mondialisée », le président français enterre l'idée d'une intégration politique sur laquelle s'est construit le couple franco-allemand au profit de cette simple zone de libre-échange que les Anglais, toujours réticents à abdiquer la moindre parcelle de souveraineté, appellent de leurs voeux.
En proclamant, quitte à mettre de côté les questions agricoles, son unité de vue avec Londres sur l'Afrique et le Darfour ou encore la transparence des marchés financiers et la nécessité de se doter d'institutions internationales pour le XXI e siècle, Nicolas Sarkozy a fait aux Anglais, outre l'effet Carla, un numéro de « rentre-dedans » comme cela ne leur était jamais arrivé depuis longtemps. Surtout de la part des frogs (grenouilles), selon le surnom qui nous est aimablement donné outre-Manche. « Le président Sarkozy nous a flattés et charmés. Qu'est-ce qui se passera la nuit d'après ? », l'a interrogé un journaliste de BBC avec humour. C'est effectivement la question qui sera posée après le passage de cette tornade qu'a été le couple Sarkozy, que les Anglais, au flegme légendaire, n'auront pris qu'à moitié au sérieux. En attendant la suite.