Gérard Pont, patron des Francofolies. « Je suis certes privilégié, avec mon créneau chanson française, mais je ne suis pas pessimiste de nature. Le monde évolue. Soit on pleure et on meurt, soit on s’adapte. Le monde de Live Nation existe aux États-Unis et n’empêche pas la création. Le Printemps de Bourges a fait un carton cette année, sans méga têtes d’affiche. Mais il y avait l’accueil, la qualité. Les Vieilles Charrues, par exemple, ont d’autres côtés à défendre. Ce festival, c’est beaucoup plus que sa programmation.
Il est porté par une raison d’être. Le Bout du Monde, à Crozon, a une spécificité, un lieu, qu’il doit défendre. Les Transmusicales font des choses remarquables avec des artistes inconnus. Les festivals doivent avoir une âme et la défendre. Ce n’est pas parce que le business s’y intéresse qu’ils sont condamnés ».
Un membre de la société Corida (manager de Manu Chao, promoteur des tournées de Texas, Mark Knopfler, Ben Harper, Justice...). « Je n’aime pas, je ne défends pas les procédés de Live Nation, pour qui la musique devient un produit de consommation banal, y compris la scène, dernier endroit où l’artiste existe vraiment. Du produit « scène », Live Nation tire une dizaine de dérivés et fait des marges énormes. La musique devient une commodité, un produit de grande consommation qui n’a plus rien à voir avec le talent, la créativité. Le billet de concert devient accessoire. Ça va malheureusement dans la mauvaise direction, comme le monde. C’est le reflet de la société. C’est la globalisation, le profit coûte que coûte. Voilà, on y est. Mais les artistes ne sont pas les plus à même de critiquer Live Nation. On connaît leur versatilité ».
Jacques Abalain, patron de Diogène Productions. « Avec Live Nation, le souci n’est pas tant que les artistes signent des exclusivités mais qu’elle soit propriétaire d’un réseau de salles. Elle peut contrôler totalement le marché. En France, nous sommes encore un peu protégés car les collectivités sont propriétaires des lieux de spectacles. Mais le système français, avec l’argent public, a aussi ces excès. Les politiques, avec leurs subventions, transforment parfois les directeurs de festivals en potentats qui sont les seuls décideurs ».
Jacques Guérin, patron du festival du Bout du Monde. « Live Nation, c’est préoccupant. Mais monter des festivals clé en main avec des exclusivités d’artistes, ce n’est pas comme ça qu’on conçoit les projets en Bretagne. Un festival, c’est une entité, avec des bénévoles, une équipe, un projet sur un territoire. Ce n’est pas un supermarché ».
26/04/2008.