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Vieilles Charrues 2008 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Vieilles Charrues. Rock fort en entrée ! (17/07/08)

Ils sont venus, ils sont tous là : barbus, barbies et chevelus, fans de guitares extrêmes et de rock binaire. Plus de 150.000 festivaliers fouleront cette année la plaine de Kerampuil. C’est acquis ou presque Nom d’un pirate, ces Vieilles Charrues 2008 s’annoncent grandioses.


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Fin de matinée au bourg de Carhaix. Les commerçants locaux apprêtent leurs terrasses, la gare déverse ses premiers flots de festivaliers, la verte plaine de Kerampuil attend avec impatience le début de ces Vieilles Charrues 2008. Une question subsiste : la foule sera-t-elle au rendez-vous ? Début de réponse, dès 14 h. Les entrées sont prises d’assaut, les routes d’accès saturées. « Si ça continue à ce rythme, les sept premiers campings seront pleins dès ce soir », se félicite Yann, bien installé dans la cahute qui sert d’accueil aux festivaliers. Et ça a continué.
Plus de 150.000 spectateurs attendus
Hier soir, 37.000 amateurs de guitares saturées et de blues paisible se sont massés devant la scène Glenmor. Affluence presque inespérée après la douche froide de l’an passé et qui a pour effet immédiat de figer un sourire béat sur le visage de Jean-Philippe Quignon. Le patron des Vieilles Charrues en est sûr : « Cette année, nous allons dépasser les 150.000 spectateurs nécessaires à l’équilibre budgétaire ». Ça, c’est fait.
Choc des cultures
Mais qui sont ces 150.000 festivaliers ? Difficile d’établir un portrait robot. Sur les coups de 18 h, la plaine de Kerampuil était garnie d’adolescents apprêtés venus aduler les BB Brunes. Une heure plus tard, changement complet de décor, une horde de barbus tatoués jouent des coudes pour se frayer une place aux premières loges. Motörhead a ses fans. C’est certain. Le miracle dans cette histoire, c’est qu’il n’y a eu aucun accroc entre ces deux publics si opposés. Pari une nouvelle fois gagné pour les Vieilles Charrues. Et ce n’est que le début. Dès aujourd’hui, les scènes Kerouac, Xavier-Grall et la Garenne entrent dans le bal avec leurs lots de surprises musicales. En parlant de surprise, les organisateurs des Vieilles Charrues ont annoncé hier soir que l’intervention d’Ingrid Betancourt au Trocadéro serait retransmise en direct sur écran géant dimanche à 15 h 15. Festival au diapason !
« Francis... si on t’attrape, on te mord... ! »
On a entendu des rumeurs qui annonçaient la venue de notre mentor sur le festival, et là, on s’est dit : « Putain, c’est un truc de ouf !!! Faut qu’on envoie du pâté ! ».
C’est un peu un rêve qui se réalise, rencontrer Francis Cabrel, on y pense depuis notre plus tendre enfance. Et dire que c’est grâce à lui qu’on a créé Maïon et Wenn... On s’est retrouvées toutes les deux à chanter ses plus belles chansons d’amour, et on s’est rendu compte que c’est le seul homme qui sait parler aux femmes. Alors, Francis, si tu lis ce Télégramme, rejoins-nous au bar 8 du festival, vers 21 h, tu nous reconnaîtras, on sera les plus belles. Kiss...
Gros cubes. Touche pas à ma meule !
« Ils savent qu’avec Motörhead et ZZ Top, il y a des tas de bikers qui vont débarquer d’un peu partout : ils auraient quand même pu prévoir un endroit pour poser les bécanes ! » Comme son pote Pierrot et d’autres, Michel, arrivé de la région de Limoges au guidon de sa Harley, était du genre furax, hier, à l’entrée du festival. Avec d’autres fans de rock et de gros cubes, ils ont tenté désespérément d’entrer sur le site avec leurs deux-roues. Les esprits se sont quelque peu échauffés. Pierrot, catégorique : « Aux States, on fait comme ça ». Réplique d’une jeune fille, bousculée : « Eh ben, retournes-y, mon grand ! ». Rock’n roll !...
ZZ TOP. L’effet spécial
Cédrik, grand fan de ZZ Top depuis son adolescence, joue de la guitare. Surtout, c’est un bidouilleur de machines, un MacGyver de la pédale à effet.
Quand il a su que ZZ Top venait aux Charrues, il n’a pas hésité. « W. F. Billy Gibbons, le guitariste du groupe, est un grand collectionneur de boîtes à effet. Alors, j’ai décidé de lui donner le double d’un prototype que j’ai réalisé. Je le confie aux Charrues, avec une lettre, pour demander à Billy Gibbons de l’essayer et de me dire ce qu’il en pense ». La bête s’appelle « Fat face », et, nous dit l’inventeur, « a un son à la fois saturé, vintage et rapeux. Tout ce qu’il aime ».
Ben des champs
C’est onctueux et doux comme peut l’être la crème de la musique noire américaine balancée en toute simplicité : au coucher de soleil, l’oncle Ben et ses Innocent criminals ont balancé sur la prairie un son cool et bluesy, comme une douce transe. On l’avait quitté en 2001 avec le drapeau breton sur les épaules, The king of rock’n soul est revenu drapé de son étendard peace and love. « Jah work » pour commencer : cool... Moins cool pour l’un des zicos, piqué de cyclisme, venu à vélo de son plein gré depuis Lorient qui a appris dès son arrivée à Carhaix qu’un nouveau scandale de dopage avait encore éclaté sur le Tour de France. Mauvais karma !
Motörhead. Du gratiné !
« Bonsoir, we are Motörhead, and we play rock’n’roll ». Fin du discours, place au son. Lemmy et sa bande ont fait péter les watts hier soir. Du lourd, du carré, comme Kerampuil n’en avait jamais connu.
La main (gantée de cuir, de préférence) défie les cieux, l’index et l’auriculaire pointés au ciel. Les jeans slim ont à peine eu le temps de quitter le pré que les rockeux débarquent. Les vrais, les tatoués, tête de mort imprimée sur le cuir clouté. Et sous la carapace, un p’tit cœur qui bat fort, car voici que débarque sur scène une légende, une vraie. Mister Lemmy, prince des pirates, mythe sur pattes, bien décidé à ne pas rester coincé dans les livres d’histoire. Motörhead revendique « le son le plus fort d’Europe ». On n’a pas compté les décibels hier soir, mais on n’oserait les contredire. Sur scène, on franchit allégrement le mur du son. L’empilement d’amplis autour de la batterie ferait pâlir d’envie Iggy Pop et Lords of Altamont réunis, eux qui détenaient jusque-là le record carhaisien.
A fond de cale
Des records, Lemmy le teigneux s’en fout ! Sa voix est éraillée à l’extrême : trop de nuits folles, trop d’excès de tout ce qui fait que la vie va plus fort, toujours plus fort. Qu’importe, le pirate est toujours là. Et assure méchamment : le trio a tout vu, tout connu, mais il court encore. Tout droit, à fond de cale. Même les jeans slim sont revenus, se taper ce frisson, cette sensation forte dont les parents leur avaient parlé. Et notre rockeux, lui, le vrai, le tatoué, a son p’tit cœur qui bat fort. Toujours plus fort.
BB Brunes. Un petit gang bien moulé
Pantalon cigarette sur jambes maigrelettes, lunettes noires et cheveux savamment broussailleux. Rien de musclé, mais quand même : quand les p’tits gars du « Gang » débarquent, c’est la folie dans la gent féminine ! En s’offrant les rockeurs de BB Brunes, tout juste majeurs, le festival n’a pas lancé les hostilités sur une note mineure, hier soir.
« Fais gaffe à toi ma grande ! »
A peine les premiers accords de « Sixty height » ou de ma « Brune BB » martelés sur des guitares méchamment rock, la jeunesse endiablée des premiers rangs - carrément juvénile forcément - s’emballe et dit oui au pogo. Les plus que trentenaires, pas connaisseurs dans l’art du « La la la » post-Chaussettes noires, n’ont qu’à aller se rhabiller. Ici, il y a de la « Dynamite », des histoires de cœurs brisés façon gros lourds qui ne le sont pas, du « Mr Hyde » caché derrière les gueules d’ange d’Adrien, Félix, Berald et Karim. Tu doutes ? Le chanteur, du fond de son rock garage, te répond en haussant sa gentille petite voix : « Fais gaffe à toi ma grande » ! Ces jeunots-là, pas question de les snober. Fans des Sonics, des Libertines ou des Babyshambles (tiens, donc ?), leurs 50 minutes de set annoncent qu’ils peuvent durer. Comme des grands.
ZZ Top. Des Texans au poil !
Ils sont trois et fêteront bientôt leurs 40 années de carrière (et leurs 60 ans tout court, tous les trois, dans un an) sans un seul changement de musiciens. ZZ Top va créer l’événement ce soir.
Pierre Perret avait prévenu les festivaliers en 1999 : vous saurez tout, tout, tout sur Zi Zi Top (c’est exactement ainsi que l’on prononce le nom). Mais c’est de ses longues barbes que le plus fameux des groupes texans a fait l’un de ses plus fameux gimmicks. Et le seul qui n’en porte pas répond au nom de Beard (« barbe » en anglais).
Des clips de rêve
Au tout début, il y avait deux groupes de rock psychédélique. Les Moving Sidewalks du « pelé » Billy Gibbons, et American Blues du « petit joufflu » Dusty Hill et du « grand ridé » de batteur, Frank Beard. Un concert en commun et voilà le trio constitué. L’origine de leur nom reste encore un mystère savamment entretenu par les musiciens eux-mêmes. Une marque de papier à cigarette que le trio affectionnait ? Un hommage déguisé à leur maître ès musique, B.B. King ? Un moyen de se retrouver en toute fin des bacs de tous les disquaires de l’époque ? Peu importe finalement. Le plus important reste la musique. A l’orée des seventies, une demi-douzaine d’albums établiront la réputation du trio, surtout outre-Atlantique : « Rio Grande Mud », « Tres Hombres » (avec leur premier tube « La Grange »), « Fandango », puis « Tejas », et « Deguello ». S’ensuivra le plus dispensable « El Loco » où, déjà les synthétiseurs feront leur apparition, prélude au carton d’« Eliminator », au tout début des années 80. Soutenus par des clips, remplis de filles court-vêtues et d’une Ford customisée modèle 1934, passant en boucle sur la naissante MTV, « Gimme all your lovin », « Got me under pressure », « Sharp dressed man » ou « Legs » réaliseront des scores de ventes phénoménaux, même en France. Il faudra toutefois attendre la tournée suivante, visant à promouvoir « Afterburner » et son tube « Rough Boy », pour voir le groupe en Bretagne, à Nantes exactement, le concert brestois ayant été annulé, à cause d’une salle de Penfeld au plafond trop faible pour soutenir les enceintes révolutionnaires (pour l’époque) du groupe.
Show impressionnant
Depuis le début des années 90, ZZ Top a perdu, discographiquement parlant, une bonne partie de son aura. Mais, sur scène, son show reste impressionnant, comme l’a confirmé un concert à guichets fermés au Zénith de Paris en 2003. La tournée européenne de l’an passé a été repoussée, pour cause de maladie de l’un des zicos. Le trio est depuis, reparti sur les routes, complètement régénéré, comme le prouve le récent DVD « Live in Texas ». Les Bretons ont de la chance, car le trio ne donnnera qu’une poignée de concerts cet été en France. Ce soir, Kerampuil va prendre des airs de grand’messe du blues graisseux et du boogie, avec la bénédiction de trois monseigneurs barbus.
Tremplin Jeunes Charrues. Ton univers impitoyable
Ils partirent à 650 et arrivèrent à dix. Dix jeunes groupes aux dents longues et guitares aiguisées, venus des quatre coins du grand ouest, vainqueurs d’une série de sélections impitoyables, sur maquettes puis sur scène.
À partir d’aujourd’hui, scène Xavier-Grall, ils devront séduire un jury de connaisseurs pour espérer succéder à Maïon et Wenn, lauréates en titre du tremplin Jeunes Charrues. Le vainqueur aura l’honneur d’ouvrir le bal, scène Kerouac, l’an prochain.
Aujourd’hui. 17 h 35 : Dizzy Town Blues (blues rock). 18 h 10 : Belone (pop). 19 h 20 : Buddy Blues (power blues).
Demain. 15 h 10 : Io’N (electro-pop). 16 h 20 : The Wankin’ Noodles (rock garage). 17 h 30 : The Lanskies (rock new wave).
Dimanche. 15 h 40 : Zogo (rock épicé). 16 h 50 : Rotor Jambreks (l’homme-orchestre du Tennesse breton). 18 h : Lug-na (pop). 19 h 10 : Micronologie (electro-groove).
Programmation. Daniel Darc et Missill remplacent AaRON et Simian Mobile Disco
Pas d’AaRON ce soir : chanteur malade exigeant un repos vocal complet. AaRON sera remplacé par une star culte du rock français, le crépusculaire Daniel Darc, qui se produira sur la scène Kerouac, à 21 h 15. Autre annulation, hier, celle du DJ anglais Simian Mobile Disco, contraint d’annuler sa venue à Carhaix en raison d’un « heureux événement » pour la chanteuse qui l’accompagne. Il sera remplacé, à 0 h 45, dans la nuit de samedi à dimanche, sur la scène Xavier-Grall, par la DJ bouillonnante Missill, grosse sensation de la scène électronique actuelle.

Vincent Lastennet. 18/07/2008


Dès hier, 37.000 personnes ont pris d’assaut la pelouse de Kerampuil.

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