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Histoire. Les ouvrières du thon

Thon. Une industrie à l'huile ou au naturel

Les ouvrières du thon : tel est le thème d'une superbe expo qui se déroule jusqu'au 5 novembre prochain à l'écomusée de Groix. On y retrouve aussi ’histoire, l’une après l’autre, de chacune des cinq conserveries de l’île...

Un tableau de pointage de l’usine Orvoën, où plusieurs anciennes reconnaîtront leur nom, accompagné d’une tenue de travail (les ouvrières devaient généralement fournir elles-mêmes leur tablier, sauf dans certains cas, et utilisaient des sabots en bois tendre, pour ne pas déraper sur le sol imprégné d’huile), accueille les visiteurs de l’exposition, les photographies de groupes gardent la mémoire des ouvrières, contremaîtresses, gérants d’usines, et tout un espace est consacré aux différentes étapes de la mise en boîte du thon, selon les deux principales techniques, à l’huile, mais aussi au naturel, procédé mis au point par Firmin Tristan en 1936.
Le grand couteau

Des photogrammes tirés du film « Le thon » de la famille Tristan sont accompagnés d’instruments de travail, le grand couteau à thon donné par Fidèle Tonnerre, un couteau d’ouvrière venant de la famille de la contremaîtresse douarneniste Anne-Marie Autret, qui travailla à l’usine Dandicolle, un fusil à aiguiser les couteaux, donné par la famille Orvoën, un pèse-sel permettant de mesurer le taux de sel dans la saumure, qui pouvait varier selon les desiderata des clients, diverses boîtes de conserves produites à Groix, caisses, étiquettes …
La sardine, devenue à Groix un simple produit d’appoint, permettant avec le maquereau, du moins à certaines époques de l’histoire de ces conserveries, de mettre en route les usines au printemps en attendant l’arrivée des premiers thons autour du 15 juillet, n’est pas totalement oubliée, une vitrine lui est consacrée.
Avis de recherche

A ce propos, le musée souhaiterait arriver à trouver une boîte de la marque Dubois Allain et Cie, la toute première fabrication de conserves à Groix dans les années 1863 et suivantes, provenant de la conserverie Romieux où se trouve désormais le musée ouvert au public depuis juillet 1984, 120 ans après, et où l’actuelle salle d’expositions temporaires servait jadis de magasin de rangement des boîtes vides …
Le rayonnement d'une industrie dynamique
Les conserveries sont un élément indissociable de l’épopée thonière groisillonne. En effet, le germon était un poisson qui ne se vendait guère en frais au XIXème siècle, et qui ne pouvait trouver un débouché que par l’industrie de la conserve.

Alors que les premières chaloupes pontées groisillonnes du milieu du XIXème siècle ont surtout alterné le chalut à perche et le cabotage, elles se sont progressivement tournées très tôt vers la pêche au thon à l’exemple des Vendéens, et ont d’abord approvisionné les conserveries des Sables d’Olonne et de Belle-Ile bien avant celles de Groix, puis permis à ces dernières aussi d’anticiper et d’éviter la première crise sardinière qui a si durement touché le reste de la Bretagne dans les années 1880.

C’est en 1862 que le rail arrive à Lorient, facilitant l’accès à de nouveaux débouchés, et en 1863, dès les débuts des aménagements de Port Tudy, que démarre l’activité de la première usine de Groix, la conserverie Romieux, partenaire de la firme port-louisienne Dubois-Allain et Cie, tandis que commence la construction de l’usine Jégo à Port-Lay, qui entame sa production l’année suivante en même temps qu’une troisième usine à Port-Mélite,.
Cette dernière ne survivra pas au refus en 1889 de construire une cale dans cette petite crique pour faciliter le déchargement du poisson sur un île qui est devenu le premier port thonier français.

Des produits primés

Le thon prend la prépondérance dans ces premières conserveries groisillonnes, qui à leur création avaient d’abord travaillé la sardine, et leurs produits sont bientôt primés dans les foires-expositions de France et d’Europe, tandis que leurs produits s’exportent au loin, dans la moitié Est et le centre de la France, mais aussi en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, tandis que l’on remarque que les ports de Nantes et Bordeaux continuent à jouer un rôle de plaque tournante, comme au temps des presses à sardines. Nantes et Bordeaux sont également directement présents dans le fonctionnement des conserveries de Groix, avec la reprise de la conserverie Romieux par Dandicolle et Gaudin de Bordeaux, qui crée également en 1928 une deuxième conserverie à Port Tudy, reprise en 1933 par la famille Tristan-Calloch, tandis qu’en 1930 c’est une maison nantaise, Loubé, Monthulet et Cie, qui crée la conserverie Lecointre.
Jusqu'à 5 conserveries

Finalement cinq conserveries fonctionnent à Groix dans les années 1930-1950, y compris celle créée au Bourg vers 1922 par Joseph Orvoën, originaire d’une famille d’exploitants agricoles de Moëlan-sur-Mer, et dont l’usine fut la dernière à fermer ses portes, en 1979. Dans la plupart des familles de Groix on a donc pu trouver des ouvrières d’usine, en particulier parmi les jeunes filles avant leur mariage, pour lesquelles le travail en usine représentait une activité complémentaire, mais parfois aussi concurrentielle du travail de la terre.
Infos pratiques
Ecomusée de l'ile de Groix,
56590 Ile de Groix.
Tél : 02.97.86.84.60
Mail : ecomusee.groix@orange.fr

13/02/2007



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