L'immeuble de la Brigade financière à Paris, a rarement connu telle agitation. Journalistes et curieux étaient massés, hier, devant le bâtiment depuis que Jérôme Kerviel, principal suspect dans l'affaire de fraude à la Société générale, y a été amené par les policiers, peu avant 14 h. Le tr ader de 31 ans , soupçonné d ' avoir fait perdre 4,9 milliards d ' euros à la Société Générale , a été placé en garde à vue .
Prêt à s'expliquer
Selon Jean-Michel Aldebert, chef de section financière au parquet de Paris, Jérôme Kerviel s'est « présenté spontanément aux services de police. Il collabore et est prêt à s'expliquer ». La procédure prévoit que le parquet de Paris, qui centralise les plaintes, se prononce à l'issue de 24 heures de garde à vue, soit avant 14 h aujourd'hui, sur une prolongation éventuelle de celle-ci pour 24 heures supplémentaires au maximum. Vendredi après-midi déjà , des enquêteurs de la Brigade financière s ' étaient rendus à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) pour perquisitionner son domicile, d ' où les policiers étaient ressortis avec des documents, peu dignes d ' intérêt selon une source proche du dossier. L es policiers s ' étaient également rendus au siège administratif de la Société Générale où « des pièces utiles à l ' enquête » leur ont été remises volontairement.
Bouton se défend
Alors que les explications de la Société Générale sur ses pertes colossales ont suscité l ' incrédulité voire les critiques, le PDG , Daniel Bouton , s ' est défendu , hier, dans un long entretien au Figaro. Le PDG a réfuté notamment toute dissimulation : « Ce qui est arrivé à la Société Générale n ' a rien à voir avec une catastrophe qui aurait été le fait de notre stratégie. Cela s ' apparente à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d ' un groupe industriel » .
Rien à voir avec la chute des marchés financiers
Il a rejeté l ' hypothèse d ' avoir « transféré dans un trou nouveau des pertes provenant d ' un autre trou » , en l ' occurence celui généré par la crise financière internationale. « Cela, a-t-il souligné, ne tient pas debout, ni techniquement ni comptablement. » Il a aussi démenti la responsabilité de la banque dans la chute spectaculaire des marchés financiers en début de semaine, ainsi que dans la décision , mardi , de la Réserve fédérale américaine d ' abaisser son principal taux directeur de 0,75 point.
Nicolas Sarkozy a souligné, hier, à New Delhi, lors d'un entretien informel avec les journalistes, que la fraude à la Société générale « ne peut pas rester sans responsable », marquant explicitement son étonnement ne pas avoir vu le P-dg, Daniel Bouton, quitter son poste. Après s'être à plusieurs reprises félicité que la France - grâce à son action, cela va sans dire - « prenne des positions » dans le monde, il condamne curieusement l'emploi de cette même expression par les milieux financiers et réclame que le monde « sorte d'un capitalisme sans transparence, donnant la priorité aux spéculateurs sur les entrepreneurs ». Le chef de l'Etat recevra mardi, à Paris, Angela Merkel et Gordon Brown, peut-être accompagnés par le nouveau chef du gouvernement italien, pour évoquer cette question.