Société Générale. L'onde de choc
Alors qu’une enquête très « complexe » attend la justice pour comprendre les mécanismes de la fraude 4,9 milliards dont se dit victime la Société générale, de nombreuses voix se sont élevées hier pour réclamer des explications à un tel désastre financier. Malgré les efforts du gouvernement, c’est une véritable onde de choc qui a secoué le monde politique et économique.
Les autorités, Nicolas Sarkozy en tête, ont beau tenter de rassurer l'opinion, rien y fait. L'onde de choc générée par les pertes colossales de la Société générale a secoué hier le monde politique et économique. En visite en Inde, le président a souligné que cette fraude interne n'avait « pas touché la solidité ni la fiabilité du système financier français ». « Nous avons tous la certitude que le système financier et le système bancaire français sont solides », a renchéri le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, président de l'Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro). Auditions C'était ensuite au tour de Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France d'assurer qu'aucun client ne perd quoi que ce soit et que le contribuable n'est pas mis à contribution. Ce dernier sera d'ailleurs auditionné par la commission des Finances du Sénat, ainsi que Michel Prada, président de l'Autorité des marchés financiers. Présidée par Daniel Bouton, la société générale explique avoir découvert le week-end dernier que le jeune courtier Jérôme Kerviel aurait réussi à déjouer, seul, tous les systèmes de contrôle de la banque pour accumuler des positions cachées, comprises entre 50 et 75 milliards d'euros. Scepticisme Contrainte de solder au plus vite ces positions en pleine tourmente boursière, la Société générale accuse au final une perte de 4,9 milliards d'euros. Somme à laquelle s'ajoutent 2 milliards de dépréciations d'actifs en raison de la crise des subprimes. Commission d'enquête ? Un scénario qui n'a pas vraiment convaincu la classe politique. A commencer par François Sauvadet, président du groupe Nouveau centre à l'Assemblée nationale qui a demandé à Christine Lagarde la mise en place «sans délai» d'une commission d'enquête. Didier Migaud, président (PS) de la commission des Finances de l'Assemblée nationale a annoncé pour sa part l'audition par les députés des acteurs concernés par la crise du secteur bancaire et boursier dans les semaines à venir. D'ici là, un conseil d'administration de la Société générale a été convoqué pour mercredi. Réunis hier en intersyndicale, les syndicats ont quant à eux décidé de demander un comité central d'entreprise (CCE) extraordinaire, qui pourrait se tenir en fin de semaine prochaine. Ils réclament la présence de Daniel Bouton, PDG; de Philippe Citerne, directeur général délégué, et de Jean-Pierre Mustier, patron de la Banque de financement et d'investissement où travaillait le trader. Scénarios spéculatifs Du côté de la bourse, l'action de la Société générale a de nouveau terminé en baisse, effaçant en toute fin de journée une hausse alimentée par des scénarios spéculatifs de rachat par une banque concurrente. Le titre a abandonné 2,56%, à 73,97 euros. Un recul de plus de 20% en six séances.
Déferlement à Pont-l'Abbé
C'est une petite rue en périphérie du centre. La maison où vit la mère de Jérôme Kerviel, qui a rejoint son fils jeudi, est déserte. Des volets clos sur lesquels sont venus buter hier des dizaines de journalistes, parfois venus de très loin pour retrouver « l'homme qui valait cinq milliards ».
À Pont-l'Abbé hier matin, tout avait pourtant l'air ordinaire, sous un généreux soleil d'hiver. Un vendredi comme les autres, s'il n'y avait eu toute cette agitation. À la vue des caméras, un homme qui passe devant la discrète maison bougonne qu'il « y a d'autres choses plus graves que çà à raconter ». Plus loin, dans le centre-ville, à l'heure du café, les commentaires vont bon train. Et ils sont unanimes pour estimer qu'il ne serait pas étonnant qu'on essaie de faire porter le chapeau à cet ancien élève de Laennec, Bac ES promotion 95, un élève discret dont quelques camarades de classe se souviennent vaguement. Personne, en fait, ne veut croire qu'il soit possible que ce fils d'une famille respectée en ville aît pu, seul, faire perdre cinq milliards d'euros à la Société générale. La mairie assaillie Le standard de la mairie, lui, s'est vite retrouvé sous le feu des questions. « Depuis ce matin, 8 h 30, ça n'arrête pas, explique la secrétaire. Tous les journaux appellent, ils veulent parler au maire ». Le maire, Thierry Mavic, qui avait inscrit Jérôme Kerviel à la 29 e et dernière place sur sa liste aux municipales 2001, est excédé. « Je n'ai pas pu travailler aujourd'hui, tellement je suis sollicité. Mais je n'ai pas de commentaires à faire sur la vie privée des gens ». Pour lui, « on parle beaucoup de ces cinq milliards, mais les deux autres, ceux qui ont été perdus à cause des subprimes, on les a déjà oubliés. En tout cas, on aura jamais vu autant de journalistes à Pont-l'Abbé ». Venus de si loin, aurait-il pu rajouter. Au rendez-vous des Anglais Car hier, Pont-l'Abbé, capitale du pays Bigouden est presque devenue capitale d'Angleterre. Times, Sunday Times, Sunday Mirror et bien d'autres, tout ce que le Royaume-Uni compte de journalistes semblait s'y être donné rendez-vous. « C'est le personnage qui nous intéresse, explique Henry Samuel, correspondant pour le Daily Telegraph. Si il n'y a pas eu de gain personnel, on voudrait savoir pourquoi il a fait ça, si il a eu un passé difficile qui a pu l'influencer ». « Et puis, surtout, il a battu le record de Nick Leeson », référence au golden boy anglais qui avait conduit dans les années 1990 la banque Barings à la ruine. Un record qui vaut bien, de Londres à Pont-l'Abbé, en passant par Neuilly, de laisser la porte ouverte aux plus folles rumeurs. Dans la rue désormais silencieuse, les volets, eux, sont restés clos.
Jérôme Kerviel. Nouvelle star de l ' internet
Mis en cause par la Société générale, Jérôme Kerviel est devenu en moins de 24 heures une star de l ' internet malgré lui. Alors qu ' une recherche de son nom sur Google donnait moins de 100 réponses jeudi après-midi, hier, il en occasionnait plus de 30.000. Son profil supposé sur Facebook a vite suscité l ' intérêt des internautes, mais ses « amis » ont déserté le site : de 11 jeudi en début d ' après-midi, il n ' en avait plus que quatre en fin de journée et seulement un vendredi ... (Photo AFP)
Daniel Bouton contre-attaque
Le PDG de la Société générale Daniel Bouton a vivement démenti hier soir l ' accusation selon laquelle sa banque aurait noyé d ' importantes pertes dans le trou de 4,9 milliards d ' euros qu ' elle impute au courtier Jérôme Kerviel. « Cela ne tient pas debout, ni techniquement ni comptablement », proteste-t-il. « Ce qui est arrivé s'apparente à un incendie volontaire, qui aurait détruit une grosse usine d'un groupe industriel », a déclaré le PDG.
Le 26/01/2008
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Après avoir traversé plusieurs tempêtes depuis son arrivée à la présidence du groupe il y a dix ans, Daniel Bouton, 57 ans, patron pugnace de la Société générale, se trouve à nouveau dans la tourmente. (Photo AFP)
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