Le drame s’était produit le 15 novembre 2003, à Saint-Nazaire : 15 personnes perdaient la vie et 29 autres étaient blessées, lors de l’effondrement d’une passerelle du Queen Mary 2, montée entre le quai et le paquebot géant construit sur les Chantiers de l’Atlantique. Les victimes avaient fait une chute de dix-huit mètres, tombant dans la cale sèche où se trouvait le navire. En 2005, une seizième personne décèdera des suites de ses blessures.
177.500 euros chacun
Hier, le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire a rendu son jugement et condamné à une amende totale de 177.500 euros chacun les Chantiers de l’Atlantique et la société Endel (conceptrice de la passerelle qui s’est effondrée), poursuivis en tant que personne morale. Le tribunal a notamment retenu le « défaut d’organisation dans la chaîne des contrôles » pour les Chantiers de l’Atlantique et le fait que la passerelle n’avait pas été « construite dans les règles de l’art » pour Endel. La peine est inférieure aux réquisitions prononcées par le procureur Pierre-Marie Block, lors du procès en octobre, qui avait réclamé au total 307.500 euros d’amende pour chaque entreprise. Il avait également demandé des peines de trois mois de prison avec sursis à l’encontre des huit salariés (quatre de chaque société), qui ont tous été relaxés, hier, par le tribunal.
Un « préjudice exceptionnel d’angoisse »
Par ailleurs, le montant total des dommages et intérêts que la société Endel et les Chantiers de l’Atlantique devront verser solidairement aux 130 parties civiles s’élève à 9,5 millions d’euros, quatre millions ayant déjà été provisionnés, ainsi que 718.000 euros d’indemnisation de frais d’avocats. Pour la première fois dans une catastrophe autre qu’aérienne, un tribunal a reconnu l’existence d’un « préjudice exceptionnel d’angoisse » (1,69 million) pour les 45 personnes qui se trouvaient sur la passerelle au moment de son effondrement.
« C’est donc la faute de personne... »
A l’énoncé du jugement, les parties civiles ont exprimé leur stupéfaction. « Il y a de la colère, de l’incompréhension et de la stupeur ! », a réagi Yves Violette, président de l’association des victimes du Queen Mary 2. « On s’attendait peut-être à quelques relaxes et à une graduation des peines pour les autres accusés, mais pas à ça », a-t-il ajouté. « C’est une parodie de justice, du commencement à la fin ! », s’est indigné pour sa part Daniel Bartolomé, qui a perdu sa femme et son beau-père dans l’accident. « C’est donc la faute de personne... », a lancé Marlène Cassard, qui a perdu ce jour-là son mari, son frère et trois amis proches. Le parquet a dix jours pour faire appel du jugement.
12/02/2008.