« Porcher ? Il n’a que des gars qualifiés. Il n’y a jamais de problème avec lui. Je crois bien que c’est sa première catastrophe ». 10 h 30, hier matin sur le port d’Erquy. Les lieux sont quasiment déserts. Quatre marins pêcheurs s’échangent les premières informations sur le naufrage survenu au petit matin.
Les membres de l’équipage de La P’tite Julie, ils ne les connaissent pas ou peu. Sauf, peut-être le patron du chalutier, Bruno Lesage. « C’était un grand gars costaud », indique Patrick de La Bourdonnaye, 78 ans, un habitué des lieux. Domicilié à Pléneuf-Val-André (22), ce marin de 38 ans est l’un des deux membres de La P’tite Julie (*) dont les corps ont été retrouvés sans vie par les secours. « Ses deux frères ont travaillé pour Porcher », ajoute Jean Merpault, un ancien patron pêcheur. « Lui faisait ça depuis des années. »
Le plus jeune des naufragés était en stage
Henri Dubois, maire adjoint d’Erquy, fait alors son apparition. Ancien patron pêcheur lui aussi, il ne cache pas son émotion : « Le ciel nous tombe dessus », souffle l’élu. « Hier après-midi (dimanche, NDLR), ils étaient ici en train de décharger ». À quelques kilomètres de là, au siège de l’entreprise Porcher, c’est le ballet des voitures. Familles et collègues arrivent les uns après les autres. Les visages sont marqués. Peu après 13 h, Jean Porcher, le patron, débarque. Tout le monde s’enferme dans les bâtiments de l’armateur. Une heure et demie plus tard, celui-ci repart à bord de son 4 x 4 noir. Accompagné du président du comité régional des pêches, André Le Berre, et de deux représentants de la préfecture maritime de Brest, il file vers le quartier des Hôpitaux à Erquy, direction la maison de la mère de Florian Guéguen. Le jeune homme de 19 ans, élève de l’école maritime du Guilvinec (29), était en stage à bord de La P’tite Julie. Son corps n’a pas été retrouvé. Tout comme ceux de deux des trois marins portugais et de Thomas Grégoire, originaire du Morbihan.
« Un des meilleurs armateurs de Bretagne »
En fin d’après-midi, retour au port d’Erquy. Greg, un jeune homme longiligne, revient d’une pêche. Lui a navigué sur La P’tite Julie et ne croit pas que le mauvais temps puisse être à l’origine du naufrage : « Les conditions de cette nuit ne sont pas exceptionnelles pour des bateaux comme celui-ci. En plus, Porcher a des bateaux super bien entretenus. C’est l’un des meilleurs armateurs de Bretagne. »
(*) Le second marin retrouvé mort s’appelle Christophe Touanen. Âgé de 34 ans, il était domicilié à Lannion (22).