« TABM » (pour « True Armorik Black Metal »), le « groupuscule anti-ecclésiastique », avait effectivement prévu de frapper très fort. Sa cible ? L'un des sites touristiques les plus fréquentés de Bretagne. Locronan, qui a accueilli, la semaine dernière, plusieurs dizaines de milliers de pèlerins pour sa grande Troménie. Six croix de calvaires abattues, des statues déplacées, des monuments religieux tagués et une chapelle classée Monument historique entièrement détruite par le feu. Dix profanations en 41 jours. Jusqu'où le « True Armorik Black Metal » avait-il l'intention de mener sa guerre contre le christianisme ? Jusqu'à Locronan, la très renommée cité médiévale finistérienne, selon plusieurs sources. C'est ce qu'ont avoué les trois auteurs présumés des profanations aux enquêteurs, lors de leur garde à vue de 96 heures.
Symbole fort du christianisme...
Locronan : 500.000 touristes par an. Un petit bijou classé au titre des Monuments historiques, labellisé « petite cité de caractère ». Une perle figurant parmi les 149 plus beaux villages de France... Pour le TABM, cette petite cité médiévale représentait, avant tout, ce « christianisme qui a pris place sur notre terre d'Armorique, sans avoir le moindre respect pour nos racines celtiques », expliquait le groupuscule, le 18 juin dernier, dans une lettre envoyée au Télégramme.
Locronan, ses treize croix et calvaires, son église priorale du XV e , ses deux chapelles du XV-XVIII e : forcément, pour le trio du TABM, un symbole fort de cette emprise religieuse qu'il exècre. « Ils ne supportaient pas que les sites païens et celtiques, comme Carnac (56), ou la forêt d'Huelgoat, ne soient pas l'objet de la même attention et des mêmes soins que ceux portés au patrimoine religieux. Ils se posaient en défenseurs des cultes païens anciens », avait indiqué, lors d'une conférence de presse, après l'arrestation du trio, la procureure de la République de Quimper.
... et haut lieu de culte celtique
Locronan, c'est aussi le site sur lequel se déroule, tous les six ans, pendant une semaine, la grande Troménie, l'un des plus importants et des plus anciens pardons bretons. Sur les 12 km d'un parcours immuable depuis un millénaire, des dizaines de milliers de pèlerins viennent marcher en silence sur les traces de saint Ronan (Locronan signifie « lieu sacré de Ronan » ou « ermitage de saint Ronan »), l'évêque irlandais qui a achevé l'évangélisation de la région. Cette grande Troménie ne serait en fait, selon les historiens, que la continuation d'un grand cérémonial celtique lié à la représentation du cycle calendaire, le nemeton (*)... Quand saint Ronan arrive dans la région, au pied du Ménez-Hom, sans doute vers le VII e siècle, ce lieu est le seul de la région à avoir résisté à l'évangélisation. Des druides officient toujours. Et le nemeton est toujours présent, avec son panthéon de divinités liées au culte de la nature. Locronan cristallisait donc, aux yeux du True Armorik Black Metal, tout ce qu'il abhorrait et vénérait en même temps. En frappant Locronan, il faisait coup double : dénoncer ce qui apparaissait, à ses yeux, comme une imposture. Et faire parler de lui. Par précaution, la gendarmerie a placé le site sous haute surveillance.
* Les Celtes avaient de très solides connaissances en astronomie. Le nemeton de Locronan représente un quadrilatère, l'un des rares encore observables en Europe, de 12 km comportant 12 points remarquables représentant les douze mois de l'annnée (représentation sur terre du parcours des astres dans le ciel), chaque mois étant consacré à une divinité celtique.
Hervé Chambonnière. 17/07/07