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Prix des lecteurs 2008 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Jed Rubenfeld

Pour « L'Interprétation des meurtres », son premier roman, Jed Rubenfeld a connu un succès mondial. Il est vrai que ce professeur de droit américain, âgé de 49 ans, avait une revanche à prendre...


« L'Interprétation des meurtres » est votre premier roman. Aviez-vous écrit d'autres livres auparavant ?
Pour tout vous dire, j'ai effectivement publié d'autres livres - des ouvrages universitaires - mais jamais de roman. Je n'avais même jamais écrit une page de fiction. Mais devant le succès phénoménal de mes oeuvres universitaires, il m'a paru urgent d'écrire un roman. Mon dernier livre de droit, par exemple, a dû, si ma mémoire est bonne, se vendre à au moins six exemplaires, y compris les quatre achetés par ma femme ! Une fois que vous avez obtenu un tel succès, il est tout naturel de vouloir essayer quelque chose de nouveau...


Où avez-vous étudié le droit ?

Il faut tout d'abord savoir qu'aux États-Unis, on fait son droit après avoir eu un premier diplôme universitaire. J'ai donc commencé par étudier la philosophie à Princeton et rédigé ma thèse sur Freud. Ensuite, je suis allé à l'université de Harvard pour faire mon droit, discipline que j'enseigne aujourd'hui à la faculté de Yale, dans le Connecticut.


Pourquoi vous être intéressé à Freud et à la psychanalyse ?

Mon père était psychologue. Non pas psychanalyste mais psychothérapeute. Quand j'ai fait ma thèse, j'ai dû consulter un grand nombre d'écrits de Freud et j'ai même continué à écrire sur lui ensuite, dans le cadre de mes activités de professeur de droit. Mais pour répondre à votre question, ce qui m'a intéressé, c'est de voir dans quelle mesure le social et le politique peuvent trouver leur place dans la psychanalyse, alors que, vous le savez, la pensée de Freud est centrée sur l'individu et la famille. C'est la problématique que je développe dans ma thèse.


Revenons-en à « L'Interprétation des meurtres » : pourquoi avoir écrit un roman policier impliquant la psychanalyse ?

Pour être franc, c'est ma femme, Amy Chua, qui m'y a poussé. Pour deux raisons : d'abord, elle est elle-même l'auteur d'un best-seller, un essai intitulé « Le Monde en feu » sur la mondialisation. Comme je suis un mari moderne, vous imaginez bien qu'il ne me serait jamais venu à l'idée de me sentir inférieur à mon épouse ou de chercher à rivaliser avec elle sur ce plan-là ! J'ai simplement compris que si je n'écrivais pas un livre qui se vendait mieux, je n'avais plus qu'une seule solution : me suicider... C'est pourquoi j'ai décidé d'écrire un « polar ». Ensuite - et c'est la seconde raison - c'est Amy elle-même qui m'a donné l'idée de mettre Freud au centre de mon roman. Elle savait que je connaissais bien son oeuvre : c'est donc elle qui m'a suggéré de le faire figurer dans le livre.


Votre roman est basé sur un certain nombre de faits réels...

Freud s'est effectivement rendu aux États-Unis en 1909, accompagné de Carl Jung, qui était alors son disciple. Or, il y a un vrai mystère concernant ce séjour. Il semble que Freud ait connu un énorme succès : la presse s'est montrée dithyrambique, ses conférences ont attiré les plus célèbres de nos psychologues et philosophes et, dans les années qui ont suivi, la psychanalyse a progressé en Amérique. Mais malgré cela, Freud, ensuite, n'est jamais retourné aux États-Unis et il a parlé de son séjour comme s'il avait laissé sur lui une cicatrice : il a traité les Américains de « sauvages » et de « primitifs », il a mis, plus tard, la dégradation de son état de santé sur le compte de son voyage outre-Atlantique... On a émis l'hypothèse qu'un événement étrange et déterminant, toujours inconnu aujourd'hui, ait pu se produire, ce qui pourrait expliquer ses réactions. À travers mon roman, j'ai donc voulu apporter, par la fiction, une solution à ce mystère.


Quelle est la part d'imagination dans l'intrigue ?

L'intrigue, elle, est purement inventée : le protagoniste, Stratham Younger, je l'ai imaginé, tout comme le policier, Jimmy Littlemore. Par contre, la jeune fille qui est au centre du livre, Nora Acton, est tirée de Dora, la plus célèbre des patientes qu'a eues Freud. Mais le meurtre, les actes de malveillance ou de courage qu'on trouve dans le roman, l'histoire d'amour aussi, tout cela est imaginé.


Vous avez également introduit Shakespeare et « Hamlet » dans votre roman. Pour quelles raisons ?

Freud a écrit sur « Hamlet ». Il considérait, en effet, que le personnage était une « preuve » très importante de ses théories. Il pensait que c'était son idée du complexe d'Œdipe qui donnait tout son sens à la pièce et expliquait pourquoi elle a suscité un engouement aussi phénoménal à travers les siècles. Dans « L'Interprétation des meurtres », j'ai essayé de faire revivre les théories de Freud. Aujourd'hui, elles nous sont familières et ne nous scandalisent plus : j'ai donc voulu que le lecteur les voie comme on a pu les voir quand elles étaient neuves et audacieuses. C'est pour ça que j'ai utilisé « Hamlet ».
L'interprétation des meurtres
À la fin août 1909, à New York, une jeune fille, Elizabeth Riverford, est retrouvée étranglée dans sa chambre. Le lendemain, Nora Acton (17 ans) est à son tour agressée, mais a la vie sauve. Après une rencontre avec le maire de la ville, Sigmund Freud, qui vient d’arriver aux États-Unis avec Carl Jung pour une série de conférences, demande à l’un de ses disciples, Stratham Younger, de se pencher sur le cas de Nora Acton.
Rebondissements, fausses pistes, péripéties liées aux rivalités qui empoisonnent le monde des psychanalystes et des neurologues, considérations sur le complexe d’OEdipe et le personnage d’Hamlet… L’inspecteur Littlemore et Stratham Younger devront faire preuve de beaucoup d’habileté pour démêler les noeuds serrés de ce puzzle complexe.
Par Jed Rubenfeld, éditions Panama, 476 pages, 22 euros.
Rencontre
Jed Rubenfeld sera le mercredi 28 mai à 18 h à la librairie Dialogues à Brest.

Propos recueillis par Yves Loisel Le 18/05/08


Jed Rubenfeld. (Photo Sigrid Estrada)
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