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Prix des lecteurs 2008 Réagir à cet article Envoyer à un ami Imprimer cet article

Louis Gardel

Éditeur au Seuil, Louis Gardel (69 ans) s'est fait un nom avec « Fort Saganne ». Depuis, il partage son temps entre la littérature, le cinéma et la télévision. Une existence bien remplie, mais qui lui convient.


Comment avez-vous senti, à quinze ans que l'Algérie, « c'était fini » ? L'impression, à la fois fugitive et très « secouante », que j'ai eue à quinze ans, en 1955, qu'un jour ou l'autre l'Algérie de ma naissance serait emportée par l'Histoire, n'a pas grand-chose à voir avec la raison ou avec une conscience politique. Si « conscience politique » il y a eu, elle était très floue et nourrie des photographies de la guerre d'Indochine vues dans des magazines : la chute de Dien Bien Phu, la fin de l'Empire colonial.


Dans votre livre, vous semblez avoir laissé de côté certains pans de votre vie... Oui, j'ai beaucoup élagué dans ma vie réelle de l'époque. Ce qui m'a conduit à effacer ainsi beaucoup de choses est un souci « littéraire ». Je voulais « cadrer » le roman (comme on parle de « cadrage » pour un tableau) : ne garder que ce qui me paraissait important, ne pas distraire le lecteur. L'introduction de mes parents, de mes frères, d'autres grands-parents, par exemple m'aurait conduit à des développements que je ne souhaitais pas, qui auraient, je crois, amolli le roman. Car c'est un roman, construit comme tel, même si les matériaux de base sont autobiographiques. Je ne voulais pas un livre de souvenirs, ni une chronique, ni même un récit. Je voulais et j'ai écrit un roman.


On a l'impression que la guerre et l'indépendance de l'Algérie restent toujours des sujets très sensibles. Comment expliquez-vous ce phénomène ? Comment n'être pas sensible à des événements qui ont coûté la vie à tant d'hommes et de femmes, qui ont déchaîné les passions, qui ont abouti à un changement de régime en France, etc. Pour les gens de ma génération, la guerre d'Algérie a été l'événement politique majeur. A fortiori pour des gens comme moi dont la vie a basculé entre 1954 et 1962. Je suis un exilé de ma terre natale. Que je le veuille ou non, la guerre d'Algérie a été, à tous égards, le phénomène historique qui m'a façonné.


Vous avez quitté l'Algérie en 1959, à 18 ans et vous y êtes retourné plusieurs fois depuis : quelles ont été vos impressions ? Oui, depuis 1962, j'ai effectué des retours fréquents en Algérie. Sentiment d'étrangeté certes, mais doublé d'un sentiment de proximité intime. C'est tout à fait curieux : comme un décor de théâtre familier dans lequel on jouerait une autre pièce. Mais je réussis à ne pas mélanger mes souvenirs et la réalité algérienne d'aujourd'hui. Ce sont deux mondes reliés par la géographie et séparés par l'Histoire.


Vous travaillez aux éditions du Seuil : quelles sont vos fonctions exactement ? Je suis entré au Seuil comme éditeur à l'initiative du président de l'époque, Michel Chodkiewicz, après le succès de mon roman « Fort Saganne », livre qui a changé ma vie : une reconnaissance comme écrivain, une entrée dans l'édition et dans le cinéma. Au Seuil, je m'occupe, en principe, des romans. Mais, en fait, je publie d'autres sortes de livres au gré de rencontres : ainsi les dessins de Plantu, les photos de Raymond Depardon, les textes de Desproges, des livres d'humour, des biographies, etc. C'est le privilège de l'âge de faire à peu près ce que j'ai envie de faire : trouver et pousser de jeunes romanciers, entretenir la flamme des anciens, essayer de faire des succès mais aussi publier des ouvrages moins commerciaux, que je trouve importants. Depuis « Fort Saganne », scénariste de cinéma et de télévision est aussi devenu une partie très importante de mon activité. J'ai écrit ou coécrit une bonne quinzaine de films et de téléfilms, avec Alain Corneau, Régis Wargnier (dont « Indochine »), Benoît Jacquot, Jacques Deray, Nadine Trintignant, Raymond Depardon, etc. Et je travaille de plus en plus souvent pour le cinéma et la télé. J'aime beaucoup travailler avec d'autres gens. Le cinéma est un art collectif alors que l'écriture est très solitaire. J'alterne.
La baie d’Alger
Quand commence ce roman autobiographique, en 1955, le narrateur a quinze ans. Il vit à Alger auprès de sa grand-mère, Zoé, une femme originale qui aime la vie et les plaisirs. Lui-même est un adolescent timide et plutôt gauche, préoccupé par les jolies filles de son entourage.
Pourtant, son intuition ne le trompe pas : « L’Algérie, c’est fini », pense-t-il, un soir, en contemplant la mer. De fait, des
événements dramatiques vont peu à peu éclater dans le pays, avec leur cortège de deuils et d’horreur. Le jeune garçon ouvre
les yeux malgré lui. Même si la vie quotidienne apporte encore son lot de joies et d’agréments, tout un monde se fissure et son existence personnelle, plutôt insouciante jusque-là, se heurte à l’Histoire. C’est ainsi qu’il va grandir, mûrir et rencontrer le monde compliqué des adultes.
Rencontre
Hubbert Haddad sera jeudi, à 20 h 30, à la librairie Ravy de Quimper. Par ailleurs, rappelons que les inscriptions seront closes vendredi (16 mai) et que la date limite pour voter est fixée au vendredi 6 juin.

Propos recueillis par Yves Loisel


(Photo DR)
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