Vous avez publié votre premier livre, « Le Père de la petite », en 2005. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? J'ai toujours eu envie d'écrire. J'ai d'abord travaillé en province, puis je me suis mariée avec un Allemand. Nous avons déménagé en Lorraine et j'ai enseigné le français dans les Écoles européennes, d'abord en Allemagne, pendant dix-sept ans, puis à Bruxelles. J'avais même commencé une thèse sur « Moralisme et immoralisme au XVIII e siècle », mais j'avais trop de travail (les cours à donner et à préparer, les réunions pédagogiques)... Avec trois enfants, ce n'était pas possible de tout mener de front. Cela dit, tout en enseignant, j'écrivais des petites choses, des nouvelles, des textes brefs. Puis j'ai divorcé et, une fois à la retraite, en 2001, je me suis dit : « Je vais m'installer à Paris, dans un quartier où il y a des éditeurs, et je vais les assiéger ! » Je me suis mis à l'ordinateur : c'était le grand commencement.
C'est avec « Le Père de la petite » que l'aventure a débuté... J'ai envoyé mon manuscrit à plusieurs éditeurs. Gallimard et Grasset m'ont répondu en me disant qu'ils avaient trouvé mon texte intéressant mais qu'ils ne pouvaient pas le publier en l'état. Malgré tout, ils m'encourageaient à continuer à travailler et à écrire. Et puis, une après-midi, je suis allée déposer mon roman chez Arléa et, le lendemain matin, Catherine Guillebaud, la directrice littéraire, m'a téléphoné en me disant qu'elle avait lu le manuscrit dans la nuit !
Dans ce premier roman comme dans « La femme de l'Allemand », on retrouve des thèmes communs : la Seconde Guerre mondiale, l'absence du père, les relations mère-fille... On écrit avec sa mémoire. En ce qui me concerne, les souvenirs, ce sont le départ de mon père à la guerre et son retour, mais aussi les années d'après-guerre, qui ont été très difficiles. Les violences, les horreurs, les femmes tondues, c'étaient des faits encore très présents dans l'esprit des gens. J'ai été vraiment pétrie par tous ces événements. Mes parents avaient beaucoup souffert de la guerre, ils détestaient les Allemands. Et curieusement, moi, j'ai toujours été attirée par ce pays, cette civilisation. Dans « La femme de l'Allemand », c'est le traumatisme de la guerre qui infléchit la vie de Fanny, la mère. J'ai fait d'elle une soixante-huitarde avant l'heure, dans la mesure où elle se révolte contre certaines façons de penser, de se comporter, contre une société trop rigoriste, trop bourgeoise. Pour ce qui est des relations mère-fille, ce sont des choses qui me sont propres, surtout dans « Le Père de la petite ». Ma mère était une femme-enfant, qui avait vécu sous l'aile de son père et de sa mère et qui a perdu pied pendant la guerre.
Comment avez-vous travaillé pour écrire ces deux romans ?Au début, ce que j'écrivais n'était pas naturel. Ça sonnait faux. Je me donc suis mis à lire mes textes à haute voix. J'ai travaillé à l'oreille, en fait. Mais j'écris lentement : je peux rester une après-midi sur un paragraphe !
Pourquoi publier sous un pseudonyme ?Mon vrai nom est d'origine suédoise et difficile à prononcer. Mais surtout, j'écris des choses très personnelles, très intimes. J'ai donc pris un pseudonyme qui rappelle la Bretagne. Je suis très attachée à cette région de Loctudy, dans le sud-Finistère. J'y viens depuis la petite enfance et j'ai été très heureuse ici. Voilà maintenant trente ans que j'ai une maison à l'Ile Tudy. En plus, je pratique aussi la peinture. Quand j'étais professeur, je n'avais pas le temps d'écrire ; en revanche, je peignais très facilement et j'ai exposé très souvent l'été sous le nom de Sizun : j'avais découvert le cap Sizun et j'avais trouvé que c'était l'endroit le plus beau du monde !
Marie Sizun dialoguera avec les lecteurs le mardi 8 avril, à 11 h 30, au siège de la compagnie Brit Air, à Morlaix ; le mercredi 9 avril, à 20 h, au manoir de Kérazan à Loctudy et le samedi 12 avril à 17 h à la médiathèque de Quiberon.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la petite Marion vit à Paris avec sa mère, Fanny, une jeune femme atteinte
de psychose maniaco-dépressive. À dix-huit ans, Fanny a fréquenté un soldat allemand qui est parti en la laissant
enceinte de Marion, un déshonneur pour ses parents, qui ont rompu tout contact avec leur fille. Depuis, Fanny sombre
périodiquement dans des crises de folie qui nécessitent son hospitalisation. Les années passent et Marion grandit tant
bien que mal, tourmentée par la peur, la honte et l’angoisse. Mais la situation devient franchement intenable quand sa
mère fréquente François, un collègue de travail. Dès lors, la descente aux enfers commence, terrifiante. Mais Marion en
sortira libérée. Un roman bouleversant dont la tension va crescendo jusqu’à la dernière page.
>Par Marie Sizun, éditions Arléa, 248 pages, 17 euros.